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	<title>Archives des Lectures | Amélie Charcosset</title>
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	<description>Autrice et animatrice d&#039;ateliers d&#039;écriture</description>
	<lastBuildDate>Tue, 10 Mar 2026 11:27:46 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Archives des Lectures | Amélie Charcosset</title>
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		<title>Un ours sans histoire : “Je n’ai rien à raconter”</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 May 2022 17:06:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions créatives]]></category>
		<category><![CDATA[CTA Etincelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vous croyez n'avoir rien d'intéressant à raconter ? Faites la rencontre de cet ours persuadé de n'avoir aucune histoire à partager.</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/raconter-des-histoires/">Un ours sans histoire : “Je n’ai rien à raconter”</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Cette semaine, j’ai passé quelques jours chez des ami·e·s‑avec-enfants. Ça m’a donné<strong> une excellente excuse pour acheter des albums jeunesse</strong> avant de partir : j’assume moins de ne les acheter rien que pour moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En furetant dans les rayons, je suis tombée sur <a href="https://j0l1y7h.r.us-east-1.awstrack.me/L0/https:%2F%2Fwww.babelio.com%2Flivres%2FMerveille-Un-ours-sans-histoire%2F1423075/1/010001811117a5a6-32089c65-f530-44bd-8200-dc690ec70ec8-000000/DaCv4TDrmP3-zXiR73-GrIeI-KI=271" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em><strong>Un ours sans histoire</strong></em></a>, de Christian Merveille, illustré par Laurent Simon et édité chez NordSud. <strong>Déjà, s’appeler Christian Merveille et écrire des livres pour enfants, je trouve ça très beau.</strong> Et en plus, </p>



<h2 class="wp-block-heading">Ma philosophie d’ateliers d’écriture dans un album jeunesse</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un ours sans histoire</em>, c’est l’histoire d’un ours qui vit sa vie l’air de rien, tranquillement. Il rencontre souvent dans la forêt des animaux dans des <strong>plans foireux pas possibles</strong>, qui s’exclament «&nbsp;Oh là là quelle histoire, qui va bien pouvoir m’aider à sortir de là ?&nbsp;» Et l’ours, qui, en plus d’être sans histoire, est plutôt bonne patte, est toujours là pour les secourir. Mais il voit bien, qu’à lui, il ne lui arrive jamais rien, et il devient <strong>un peu ronchon de ne rien avoir à raconter. </strong>Mais bientôt (attention, je te spoile la fin pleine de suspens de cet album pour les 3–6 ans), tous les animaux de la forêt se mettent à parler d’un ours à l’histoire extraordinaire… lui, bien sûr ! <strong>Car, à bien y réfléchir, sa vie à lui aussi est une belle histoire.</strong> Et l’ours reprend donc celle-ci, <strong>sans faire d’histoire, mais en faisant de chaque instant… une chouette histoire.</strong></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://i0.wp.com/www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2022/05/Capture-décran-2022-05-29-à-19.38.36.png?fit=1248%2C1524&amp;ssl=1" alt="un ours sans histoire" class="wp-image-6159" style="width:624px;height:762px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Quand j’ai feuilleté l’album dans la librairie, j’étais là à m’exclamer (intérieurement) à chaque page : <strong>«&nbsp;Mais OUI !&nbsp;»</strong>. La prochaine fois qu’on me propose de faire l’exercice «&nbsp;Expliquez votre métier à un enfant de cinq ans&nbsp;» (on ne me le propose jamais en vrai, mais admettons), obligé, je parle de ce livre-là. Parce que finalement, <strong>c’est ce qu’<a href="https://www.ameliecharcosset.com/agenda">on explore en ateliers</a> : raconter l’ordinaire, le banal, le qui-est-déjà-là.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<div class="wp-block-group is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column has-background is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="background-color:#d5a348;flex-basis:1%"></div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:80%">
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">✍️ <strong>Écrire ensemble à Lausanne</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis <strong>Amélie Charcosset</strong>, autrice et animatrice d’<strong>ateliers d’écriture à Lausanne</strong>. J’aime créer des espaces où l’on peut écrire, partager ses textes et explorer la puissance des mots.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de l’année, je propose <a href="https://ameliecharcosset.com/agenda" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>des ateliers, des stages d’écriture</strong></a> et <strong>des accompagnements à l’écriture</strong>, à Lausanne et en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous avez envie d’écrire ou d’avancer dans un projet de texte, vous êtes au bon endroit 🙂</p>



<p class=".encart-ecriture {     background-color: #f4e7cf;     padding: 20px;     border-left: 4px solid #d5a348; } wp-block-paragraph">→ S’abonner à la <a href="https://ameliecharcosset.com/newsletter" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>newsletter pétillante et créative</strong><br></a>→ Découvrir les <a href="https://ameliecharcosset.com/offre/ateliers-decriture-thematiques" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>ateliers d’écriture</strong></a> <strong>à Lausanne et en ligne</strong><br>→ En savoir plus sur <a href="https://ameliecharcosset.com/offre/laccompagnement-creatif/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>l’accompagnement à l’écriture</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
</div>



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<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Développer son regard pour passer de “Je n’ai rien à raconter” à “J’ai des tas d’histoires à partager”</h2>



<p class="wp-block-paragraph">J’adore me dire qu’<strong>on n’a pas besoin de vivre des choses extraordinaires pour avoir de quoi écrire.</strong> Que c’est plutôt le <strong>regard</strong> qu’on pose sur les choses quotidiennes qui <strong>va colorer l’écriture, pas les choses en elles-mêmes.</strong> Ça a quelque chose de très apaisant pour moi. Ça me semble beaucoup plus accessible de développer son regard que de vivre des trucs potentiellement incroyables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, <strong>développer mon regard, </strong>c’est par exemple : </p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>chercher des formes dans les nuages</strong> ;</li>



<li>faire des <strong>jeux de mots</strong> sur les noms des villages que je traverse quand je suis en voyage ;</li>



<li><strong>plonger dans des univers dont je n’ai pas la moindre idée en écoutant </strong><a href="https://j0l1y7h.r.us-east-1.awstrack.me/L0/https:%2F%2Fwww.radiofrance.fr%2Ffranceculture%2Fpodcasts%2Fles-pieds-sur-terre%3Fp=2/1/010001811117a5a6-32089c65-f530-44bd-8200-dc690ec70ec8-000000/6OI1VpN7avdry85aw_DJqEFZSPY=271" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Les pieds sur terre</strong></a> ;</li>



<li>fabriquer des <strong>rébus</strong> ou des <strong>charades</strong> ;</li>



<li><strong>lire des livres pour enfants</strong> ;</li>



<li>etc.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que dans ces choses-là, je trouve ce que j’ai envie de mettre dans mon écriture. De la <strong>poésie</strong> des <strong>mots</strong> et de la <strong>vie</strong>, des <strong>liens entre les gens</strong>, de la <strong>résilience</strong> et de l’<strong>émerveillement</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et toi, comment est-ce que tu développes ton regard ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Psst, cet article a d’abord été publié sous forme de newsletter le 29 mai 2022. Envie d’en recevoir plus dans ta boîte aux lettres ? <a href="https://www.ameliecharcosset.com/newsletter">C’est par là !</a></strong></p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex">
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			</item>
		<item>
		<title>Littérature de jeunesse : mes albums préférés (de l’été)</title>
		<link>https://ameliecharcosset.com/albums-litterature-jeunesse/</link>
					<comments>https://ameliecharcosset.com/albums-litterature-jeunesse/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Sep 2017 15:00:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après une saison du festival Lire dans les Parcs, voici la sélection de mes albums préférés de l'été : poétiques, drôles, à messages forts... Piochez !</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/albums-litterature-jeunesse/">Littérature de jeunesse : mes albums préférés (de l’été)</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-815" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/09/Littérature-de-jeunesse-1024x512.png" alt width="680" height="340"></p>
<p>L’été de mes 15 ans, je suis revenue habiter à Lyon après quelques années à la campagne, et une des premières choses qu’on a faites, mes sœurs et moi, c’était de <strong>s’inscrire à la bibliothèque.</strong> À l’accueil, l’homme qui avait fait nos cartes nous avait dit, en nous les tendant, “par contre, vous ne pourrez emprunter des livres qu’à la rentrée.” On était en plein mois de juillet. Effondrement total et incompréhension. En fait, c’était une blague, et on pouvait déjà se ruer sur les rayons. Ouf… Dans tous les endroits où j’ai habité, <strong>vérifier les horaires de la bibliothèque</strong> et y prendre un abonnement ont été des actions allant de soi et me permettant de <strong>me sentir chez moi.</strong> (Oui, même au <a href="http://lesmainsdanslespoches.tumblr.com">Kirghizstan</a> dans le placard qui servait de bibliothèque et dont j’avais la charge.)</p>
<h1>Lire dans les parcs pour faire connaître les bibliothèques</h1>
<p>Alors quand chaque été depuis que je vis à Bruxelles, j’ai l’occasion de participer au festival <a href="http://www.cljbxl.be/Realisations/LDP/LDP.html">Lire dans les parcs</a>, qui a pour objectif de faire connaître les bibliothèques, en faisant <strong>prendre l’air aux livres</strong> et en proposant des <strong>lectures gratuites aux enfants dans les plaines de jeux,</strong> je suis évidemment la plus heureuse.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-816 size-medium aligncenter" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/09/LDP2017_BXL_72dpi-web-212x300.jpg" alt width="212" height="300"></p>
<p>En plus, j’adore — J’ADORE — lire des <strong>livres pour enfants</strong>. Et des <strong>livres aux enfants</strong>. D’ailleurs, j’ai retrouvé récemment cette lettre que mes sœurs avaient dictée à mes parents et m’avaient envoyée alors que j’avais six ans (awww).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-787 size-large" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/09/IMG_20170924_173609-e1506268517112-1024x153.jpg" alt width="680" height="102"></p>
<p>En gros : ce n’est pas nouveau.</p>
<p>Ce que j’aime particulièrement dans ces animations f‑estivales, c’est qu’elles me font <strong>rencontrer/retrouver plein de gens</strong> — des enfants, bien sûr, mais des adultes aussi : d’autres lecteur.rice.s, bibliothécaires, parents, enseignant.e.s, conteur.euse.s…</p>
<p>Il y a le gamin qui dit, après être resté deux heures scotché là, <strong>“wahou c’était trop cool”</strong> ;<br>
la petite qui se réjouit SI FORT d’<em>Aboie, Georges</em>, qu’elle se roule par terre, de rire ;<br>
l’enfant qui dit, “ponimayouuuu” à sa grand-mère qui veut tout lui traduire en français” — “mais je compreeeends !!” ;<br>
la maman qui nous apporte <strong>des biscuits marocains</strong> à la fin de la lecture pour nous remercier d’être là ;<br>
les enfants qui réclament des histoires qui font toujours plus peur et qui finissent par hurler quand on lit <em>Ouste, attention aux ours</em> ;<br>
<strong>les parents qui rient plus fort</strong> que leurs enfants ;<br>
les enfants qui négocient avec leurs parents pour toujours une histoire de plus ;<br>
<strong>l’ado</strong> qui se met un peu à l’écart et que je vois <strong>plongée dans <em>Couleurs</em></strong> et qui frotte, à l’abri du monde, le rouge pour le mettre sur le jaune…</p>
<p>Bref, toutes ces petites magies-là.</p>
<p></p>
<p>Et puis ce que j’aime aussi, évidemment, c’est <strong>choisir les livres</strong> qui rempliront mes sacoches pour toutes ces lectures.<strong> Quelles merveilles à dénicher,</strong> quels messages à avoir envie de faire passer, quels mots à partager ?</p>
<p>Alors avant d’aller rendre toutes mes trouvailles à la bibliothèque, j’ai eu envie de vous partager mes coups de cœur de la saison — pas forcément récents ni révolutionnaires, mais ceux que j’ai tellement aimé lire cet été.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-788" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/09/IMG_20170924_173845-768x1024.jpg" alt width="680" height="907"></p>
<h1>Les albums drôles</h1>
<p><em><strong>Émile est invisible, </strong></em><strong>Vincent Cuvellier &amp; Ronan Badel</strong><br>
Aaah, Émile ! Sacré petit bonhomme qui n’en fait qu’à sa tête. Dans cet épisode-ci, il a décidé qu’il allait devenir invisible, pour échapper au gratin d’endives que maman a préparé…</p>
<p><strong><em>Quand soudain il se passa quelque chose de plus terrible encore !,</em> Bertrand Santini</strong><br>
Un petit lapin était tranquillement en train de brouter des trèfles à quatre feuilles, quand soudain… catastrophe après catastrophe, des choses toujours plus terribles lui arrivent. La fin est savoureuse, une belle illustration du verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide — c’est peut-être pour ça que je l’aime tout particulièrement.</p>
<p><strong><em>Anton et les rabat-joie,</em> Ole Könnecke</strong><br>
Quand on n’arrive pas à se décider à comment jouer ensemble, il ne reste plus qu’à bouder. Ou mieux, à faire le mort. Mais si tout le monde se met à faire le mort, qu’est-ce qu’il se passe ?</p>
<p><strong><em>Le pigeon trouve un hot-dog,</em> Mo Willems</strong><br>
Le pigeon trouve un hot-dog et s’apprête à l’engloutir, mais un petit canard qui passe par là a d’abord son mot à dire… Un livre que les enfants demandent à relire encore, et encore, et encore.</p>
<p><strong><em>Le livre des peut-être, </em>Ghislaine Roman &amp; Tom Schamp</strong><br>
À mi-chemin entre cette catégorie-là et la suivante, un livre pour imaginer des explications à tout ce qui est : “Peut-être que les moutons portent de la laine parce qu’ils sont allergiques au coton ? Peut-être que les dinosaures n’ont pas disparu mais qu’ils sont les meilleurs à cache-cache ?” Une double-page par idée, et le regard délicieusement dubitatif de ceux qui écoutent, à chaque fois.</p>
<p></p>
<h1>Les albums poétiques</h1>
<p><strong><em>L’étrange projet de monsieur G.,</em> Gustavo Roldan</strong><br>
Monsieur G. habite dans un village au milieu d’un désert tout sec, mais un jour, il décide d’y planter une graine… Un tout petit livre aux grands effets.</p>
<p><strong><em>C’est autant d’amour que je t’envoie,</em> Coline Irwin</strong><br>
Il s’agissait un peu d’un défi pour moi, car c’est un petit livre carré, illustré avec des photos, et pas forcément évident à proposer, avec une structure répétitive. Mais ça marche aussi et c’est doux.</p>
<blockquote><p>Tu te souviens des livres qu’on lisait ensemble ?<br>
Le bruit des pages quand on les tourne<br>
Et les phrases dans ces pages<br>
Imagine toutes les lettres de tous les mots des livres qu’on lisait ensemble…<br>
C’est autant d’amour que je t’envoie</p></blockquote>
<p><strong><em>Mercredi</em>, Anne Bertier</strong><br>
J’en avais déjà parlé quand je vous avais raconté les <a href="http://www.ameliecharcosset.com/ateliers-decriture-ecole-maternelle/">ateliers d’écriture en maternelle</a> mais je le remets ici, car j’ai pris énormément de plaisir à le relire cet été, et à voir les enfants toujours émerveillés par tout ce qu’on peut faire avec un grand carré et un petit rond. Un livre qui fait du bien à l’imagination.</p>
<p><strong><em>Je voulais une tortue, </em>Beatrice Alemagna &amp; Cristiano Mangiono</strong><br>
Les parents ne veulent pas de tortue à la maison, parce qu’une tortue, ça peut grandir beaucoup… Jusqu’à prendre toute la place dans le lit / la chambre / la maison et jusqu’à avoir la tête qui passe à travers le toit… Comment est-ce qu’on fait pour réparer ça ? Des illustrations en noir et blanc, et une tortue qui donnerait envie à n’importe qui de l’adopter.</p>
<p><strong><em>Le champ d’amour d’Anton,</em> Corinne Lovera Vitalli &amp; Marion Duval</strong><br>
C’est mon plus grand coup de cœur des derniers mois, mais Lire dans les parcs n’est peut-être pas le cadre le plus approprié pour sa lecture. J’imagine des enfants un peu plus grands, un cadre un peu plus intime, qui permette de s’accrocher à la poésie du texte, qui me bouleverse. Les illustrations sont elles aussi magnifiques. Anton a un immense champ de pastèques ; mais on lui a volé l’une d’entre elles… Comment gère-t-on la perte, la colère, le regret ? Qu’est-ce qu’on en fait ?</p>
<blockquote><p>le champ de pastèques d’Anton est presque un champ parfait<br>
sauf qu’il y manque cruellement la pastèque qu’on lui a volée<br>
ça en fait un champ borgne un champ amputé<br>
les autres pastèque les bien alignées<br>
continuent de grossir et de briller<br>
mais ce qu’Anton voit le plus c’est la pastèque volée<br>
qui lui manque cruellement on le sait</p></blockquote>
<p></p>
<h1>Les albums à messages</h1>
<p><strong><em>Le crocodile qui avait peur de l’eau,</em> Gemma Merino</strong><br>
Que faire quand on est un crocodile et qu’on a peur de l’eau ? Affronter sa peur, mais comment ? Et peut-être un jour, comprendre d’où elle vient…</p>
<p><strong><em>Nasreddine &amp; son âne,</em> Odile Weulersse, Rébecca Dautremer</strong><br>
C’est le genre de livres qu’on ne sort pas dans tous les parcs : l’histoire est longue, peut-être pour des enfants un peu plus âgé.e.s que la moyenne du festival. Mais quand on a l’occasion de le lire, quel régal ! Nasreddine est parti au marché vendre des victuailles, comme sa mère le lui a demandé… Mais il se fait voler son âne. Voici donc l’histoire rocambolesque de comment il parvint à ne pas rentrer chez lui bredouille. Et à nouveau, une chute qu’on n’avait pas vu venir !</p>
<p><strong><em>L’important, c’est de participer,</em> Victoria Pérez Escriva &amp; Claudia Ranucci</strong><br>
Un éléphant veut faire du saut en hauteur, mais il est trop lourd pour sauter, ses pattes sont trop grosses pour décoller, ses oreilles lui cachent les yeux quand il se met à courir… Tristesse absolue… jusqu’à ce qu’il se souvienne de ressources insoupçonnées. Un livre qui parle en finesse d’accepter qui l’on est.</p>
<p></p>
<h1>Les albums spécial tout-petits</h1>
<p>Parfois, quand je vois les enfants s’installer sur la couverture, j’ai un instant de panique : “ohlala, iels sont vraiment tout petits aujourd’hui” ; ou bien “ohlala, c’est le grand écart entre les âges” et “ohlala, est-ce que je vais avoir assez de livres pour elleux ?” Du coup, voici ma sélection des albums qui marchent pour les grands mais aussi pour les petits vraiment petits 🙂</p>
<p><strong><em>Un livre,</em> Hervé Tullet</strong><br>
On ne présente plus Un livre, mais il a quand même le mérite de marcher à chaque fois. Un livre à toucher, frotter, secouer, incliner, et une mention spéciale pour des garçons de 10–11 ans qui faisaient un dab à chaque fois qu’ils avaient “réussi” 🙂</p>
<p><strong><em>Coucou, c’est moi !,</em> Nadine Brun-Cosme &amp; Maud Legrand</strong><br>
Léo est amoureux de Marie et prend son courage à deux mains pour l’inviter… Mais zut, elle n’est jamais là où il appelle. Jusqu’à ce qu’on frappe à la porte !</p>
<p><strong><em>Drôle d’œuf,</em> Emily Gravett</strong><br>
Tout le monde couve un œuf sauf Canard… Mais ouf, Canard a trouvé un œuf… Il ne reste plus qu’à découvrir ce qui va en sortir !</p>
<p><strong><em>La toute petite dame,</em> Byron Barton</strong><br>
La toute petite dame n’a que de toutes petites choses, une toute petite maison, un tout petit tabouret, un tout petit chat. Un livre à lire à toute petite voix, avec de tout petits bruitages pour un tout grand moment de plaisir.</p>
<p><strong><em>Un peu perdu,</em> Chris Haughton</strong><br>
Bébé chouette est tombé du nid et cherche sa maman… J’adore cet album tout doux pour démarrer les lectures avec les petits, histoire de capter leurs regards interloqués à chaque page : “Elle est là, ta maman !!”. Spoiler : non.</p>
<p></p>
<p>À toute cette sélection, il faudrait bien sûr rajouter les pépites découvertes dans les malles aux trésors de mes binômes… Mais je n’ai pas le temps, j’ai des livres à aller lire 😉</p>
<p><strong>Et vous, quels sont vos albums préférés de tous les temps (ou juste des derniers mois) ?</strong></p>
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		<item>
		<title>entre les pages : lectures de vadrouille</title>
		<link>https://ameliecharcosset.com/lectures-de-vadrouille/</link>
					<comments>https://ameliecharcosset.com/lectures-de-vadrouille/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Aug 2017 17:25:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.ameliecharcosset.com/?p=712</guid>

					<description><![CDATA[<p>Partir sans livres et voir ceux qui se mettent en travers de la route. Six semaines de vadrouille, six romans.</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/lectures-de-vadrouille/">entre les pages : lectures de vadrouille</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>14 août, quel drôle de jour pour une rentrée ! Premiers pas sur la piste avec un nouveau groupe d’étudiant.e.s A1 ce matin et voilà que hop, déjà, on a demain pour souffler (et j’avoue tout, pour finir de défaire ses sacs de vadrouille) — et elleux, pour respirer après quatre premières heures bien intenses, pas les plus faciles quand on débute dans la langue !</p>
<p>Qui dit rentrée dit reprise des mots ici, aussi. Toujours envie d’un peu plus de régularité, tout en sachant que ce ne sera sans doute toujours pas possible ! Je me suis retrouvée hier à 20h47 à chercher désespérément le mot de passe me permettant d’accéder au manuel numérique sur lequel je m’appuie pour donner cours, ce qui a permis de me rassurer : la vadrouille ne semble pas m’avoir trop transformée. Pas de bonnes résolutions impossibles à tenir, donc, mais l’enthousiasme renouvelé ! C’est déjà pas mal, non ?</p>
<p>*</p>
<p>Un de mes petits bonheurs de voyage, parmi mille autres, c’est de faire confiance à la route pour m’apporter son lot de lectures : ça allège mon sac, et ça m’évite d’avoir à réfléchir à quoi emporter avec moi, ce qui allège aussi mon esprit ! Six semaines ailleurs en six romans : peut-être plus de régularité qu’il n’aurait semblé, finalement ?!</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-715" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Lectures-de-vadrouille.jpg" alt width="800" height="800"></strong></p>
<h2><strong><em>Immortelle randonnée</em>, Jean-Christophe Rufin</strong></h2>
<p>Bon, pour celui-ci, j’ai un peu triché : il m’est tombé dessus quelques jours avant que je ne parte en voyage, je l’ai intercepté alors qu’une collègue le rendait à une autre. C’est bien les seuls mots qui ont réussi à m’accrocher au mois de juin. Ils m’ont lancée avec bonheur dans l’été en me donnant terriblement envie de boucler mon sac à dos, de marcher, de monter ma tente, bref, de prendre la route… Rufin y raconte son Compostelle sous forme de courtes chroniques et de souvenirs du chemin. Il y dit l’ambivalence de l’aventure, les sourires et les coups durs.</p>
<p><em><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-723 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Rufin_Immortelle-randonnée.jpg" alt width="210" height="347"></a>Mes émois de pèlerin novice étaient puissants. J’avais envie de chanter. Il me semblait que, d’ici peu, j’allais traverser la forêt de Brocéliande, croiser des chevaliers, des monastères en pierre. Inutile de préciser que je m’exalte vite. Le seul moyen dont je dispose pour apaiser ces ardeurs d’imagination est d’inventer des histoires et d’écrire ds romans. Sans le savoir, j’avais découvert un nouveau remède à mes enthousiasmes, en m’élançant vers Saint-Jacques. Car le Chemin est plein de contrastes et douche régulièrement les élans d’imagination. Il se charge de mettre, si j’ose dire, le pèlerin au pas. En effet, la nature où j’avais cru être plongé n’était qu’une fausse alerte, une mise en bouche. Très vite revinrent les murs en parpaing, les potagers misérables, les tinettes de jardin, les chiens schizophrènes, entravés par des chaînes mais dressés à se mettre en furie dès qu’un passant approche.</em></p>
<h2></h2>
<h2><strong><em>Le pays de l’absence</em>, Christine Orban</strong></h2>
<p>J’ai repéré <em>Le pays de l’absence </em>chez mon amie K., c’est son titre qui m’a interpelée. Roman (récit ?) d’une relation mère-fille, ou plutôt, fille-mère. La première y raconte sa mère qui petit à petit vieillit et perd la tête : reste-t-il le temps de la conversation qu’elle voudrait avoir avec elle ? Spoiler : non. Un texte qui fait réfléchir sur les liens et la parole.</p>
<p><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-722 alignright" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Orban_Le-pays-de-labsence.jpg" alt width="182" height="267"></a><em>J’ai mis longtemps à ne plus me battre, à ne plus la reprendre quand elle se trompe, quand elle déforme les noms, quand elle invente, j’ai mis longtemps à dire : «&nbsp;Tu as raison&nbsp;», à dire : «&nbsp;Oui, maman.&nbsp;» Peut-être lui avais-je tenu tête parce que je n’avais jamais été légère.<br>
J’aurais voulu être une enfant ; juste un peu, juste pour voir. Je voulais le devenir à vingt ans, à trente ans, puis à quarante et encore il n’y a pas si longtemps.<br>
Comment renoncer ? Comment m’avouer : «&nbsp;Ce n’est ni ton destin, ni ton histoire d’être une enfant qui s’appuie sur ses parents, qui se réfugie dans une chambre pleine de souvenirs et de jouets…&nbsp;»<br>
J’ai mis longtemps à abandonner.<br>
Longtemps, à cesser de revendiquer ma part.</em></p>
<h2><strong><em>Jeanne, Jeanne, Jeanne,</em> Emmanuel Adely</strong></h2>
<p><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft wp-image-719 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Adely_Jeanne-Jeanne-Jeanne-190x300.jpg" alt width="190" height="300"></a></p>
<p>Également emprunté à K., c’est à nouveau le titre que j’aime bien et le nom qui me dit vaguement quelque chose. Puis ça me revient, Adely est l’auteur de <em>Je paie, </em>un livre-liste de 780 (!) pages dans lequel il raconte ce qu’il achète jour après jour pendant dix ans (il y mêle aussi des annotations sur ce qui se passe dans le monde à ce moment-là). C’est Philippe Guerry, lors d’un chouette atelier sur l’écriture du quotidien pendant le superbe festival <a href="http://vibrationspoetiques.fr">Vibrations poétiques</a> à La Rochelle, qui avait vanté les mérites de ce bouquin. Moi, pour le coup, je préfère vous encourager à aller lire Philippe Guerry et <a href="http://bonheurportatif.tumblr.com/">ses petits bonheurs portatifs</a> plutôt qu’Emmanuel Adely, mais c’est tout personnel. J’ai trouvé que le texte s’essoufflait — et vu la longueur des phrases, ce n’est peut-être pas étonnant (même si Laurent Mauvignier s’en sort à merveille pour les phrases longues qui transportent, si vous voulez mon avis). Le narrateur a demandé à un détective privé de retrouver la trace de sa mère biologique…</p>
<p><em>L’ironie voudra ça que je ne la retrouve que lorsque cela n’aura plus d’importance, bien sûr, quand ma vie sera assez claire pour se passer d’elle alors elle apparaîtra mais simplement quand je n’aurai plus besoin d’elle, dis-je à Natcha au téléphone. Cela serait la logique dis-je à Natcha au téléphone. Qu’elle n’apparaisse que parce que je n’ai plus besoin de la voir apparaître. Qu’elle soit face à moi parce que je n’ai plus besoin qu’elle soit face à moi. Bien sûr, dis-je à Natcha au téléphone, je sais ça. Mais je ne vis pas ça. Maintenant que la recherche est lancée je suis dans un immobilisme total, une paralysie totale, je ne peux pas bouger dis-je à Natcha au téléphone, je ne peux rien faire, je ne sais plus rien faire.</em></p>
<h2><strong><em>L’enfant qui</em>, Jeanne Benameur</strong></h2>
<p>Troisième roman d’affilée qui parle de famille, on va finir par croire que ça m’obsède.</p>
<p></p><div style="width: 480px;" class="wp-video"><video class="wp-video-shortcode" id="video-712-1" width="480" height="266" loop autoplay preload="metadata" controls="controls"><source type="video/mp4" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/nonono.mp4?_=1"><a href="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/nonono.mp4">http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/nonono.mp4</a></video></div>
<p><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/">J’en ai déjà parlé,</a><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright wp-image-720 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Benameur_Lenfant-qui-158x300.jpg" alt width="158" height="300"></a> j’adore l’écriture de Jeanne Benameur, et ce sont de douces amies poètes qui m’ont, un beau jour de juillet, mis l’ouvrage dédicacé entre les mains (merci !). J’aime la poésie des mots simples, ce que ça vient chercher en moi. J’aime <em>L’enfant qui, </em>et cet enfant qui… grandit, même si je reste avec un petit goût d’inachevé.</p>
<p><em>Le chien, auprès de toi, marche. Ce chien, personne d’autre que toi ne le voit. Mais tu ne le sais pas. Je me rassure de sa présence auprès de toi. Il est fort et sent ce que tu ne vois pas. Tu peux poursuivre ta route. Ton vêtement de laine pend toujours d’un côté, «&nbsp;tu boutonnes le lundi avec le mardi&nbsp;» dit ta grand-mère. Tu ne comprends pas bien ce que ça veut dire. C’est juste que les jours ne savent plus comment se suivre. Tu es un enfant qui penche. Le chien rétablit l’équilibre.</em><br>
<em> Parfois tu es traversé par une poussée de joie. Tu ignores comment ça vient. C’est l’alouette du matin qui trouve en toi son sol vertical. Des pieds jusqu’à la tête et bien plus haut que ta tête, un élan farouche te soulève. La joie n’a aucune raison. Elle te porte. Et tu avances.</em></p>
<h2><strong><em>Le complexe d’Eden Bellwether</em>, Benjamin Wood</strong></h2>
<p>Alors que j’étais sur les routes à vélo avec seulement le très court livre de Jeanne Benameur dans ma sacoche, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir me mettre sous la dent lors des longues pauses de midi suivantes si la canicule continuait à sévir… Allais-je me retrouver… sans rien ?!</p>
<p></p><div style="width: 480px;" class="wp-video"><video class="wp-video-shortcode" id="video-712-2" width="480" height="360" loop autoplay preload="metadata" controls="controls"><source type="video/mp4" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/peur-de-manquer.mp4?_=2"><a href="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/peur-de-manquer.mp4">http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/peur-de-manquer.mp4</a></video></div>
<p>Quand tout à coup, au détour d’une rue d’un énième minuscule village traversé… Une boîte à livres !! Avec plein de choix dedans !! J’ai pris le plus épais (la peur de manquer, tout ça…), mais aussi parce que les livres des éditions Zulma sont, trouvé-je, très beaux, et qu’on n’a jamais trop de beau dans sa vie (même si, quand on traverse le Forez en pédalant, on a déjà atteint un sacré quota !).</p>
<p><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft wp-image-724 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Wood_Le-complexe-dEden-Bellwether-200x300.jpg" alt width="200" height="300"></a>Ça parle de musique baroque, de limites entre la manipulation consciente et la folie, de liens familiaux (ben quoi ?), ça plonge dans une ambiance délicieusement anglaise, et ça entretient un certain suspens, qui fait que j’ai tourné les pages à toute allure, même si je ne sais pas s’il m’en restera grand-chose — quelques yeux levés au ciel pour les clichés, mais je garde ce joli passage sur les creux que remplit la langue :</p>
<p><em>La nuit était étrangement chaude et les rues encore mouillées de pluie. Ils passèrent par Parker’s Piece, s’écartant du sentier pour couper à travers la pelouse. Il y avait une ligne boueuse dans le gazon, tracée par tous ceux qui avaient emprunté ce raccourci avant eux. Une ligne de désir. C’était le Dr Paulsen qui lui avait appris cette expression en lui faisant remarquer les ornières creusées par les fauteuils roulants dans le jardin de Cedarbrook l’année précédente.</em><br>
<em>L’expression eu l’air de plaire à Iris. “Eden dit que notre langue n’est pas romantique, mais il se trompe. Nous avons tant de mots magnifiques pour des choses ordinaires.” Elle respira l’air frais à pleins poumons, en contemplant le parc. “Si je devais choisir le mot que je préfère dans notre langue… en fait, ce que j’aime le plus au monde… tu sais ce que ce serait ?</em><br>
<em>- Non, quoi ?</em><br>
<em>- Petrichor. Le mot qui désigne l’odeur de la terre après la pluie.”</em></p>
<h2><strong><em>La ferme africaine</em>, Karen Blixen</strong></h2>
<p><a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-721 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/08/Blixen_la-ferme-africaine.jpg" alt width="250" height="408"></a>J’ai enfin choisi <em>La ferme africaine </em>dans la bibliothèque de mes grands-parents (ou devrais-je plutôt dire, dans l’une des bibliothèques de mes grands-parents (une bibliothèque par pièce : je dis oui !)), parce qu’on m’en avait déjà parlé à plusieurs reprises, et que rien de tel pour prolonger le voyage… Karen Blixen y fait le récit des années qu’elle a passées dans une ferme au Kenya : paysages, quiproquos culturels, fêtes, rapport avec les “indigènes”… Le texte date de 1937 et m’a paru bien daté à certains moments (dans les formulations colonialistes, les généralisations, etc.). Il est néanmoins — je crois — un bel hommage à la région. Et c’est bon de la lire, elle, sacré bout de femme !<br>
<em><br>
Quand je passe en revue ces derniers mois d’Afrique, il me semble que les choses inanimées avaient compris bien avant moi notre séparation.<br>
Les montagnes, la forêt, la plaine, le fleuve, le vent, tous comprenaient que nous devions bientôt nous séparer.<br>
Dès l’instant où je commençais à composer avec le Destin, dès que les négociations pour vendre la ferme furent entamées, j’eus l’impression que tout le paysage changeait.<br>
Jusque-là j’en avais fait partie, la sécheresse avait été une maladie de mon sang et la première floraison de la plaine, une parure nouvelle pour moi.<br>
Le paysage se retirait pour me considérer et pour m’apparaître à moi comme un tout.<br>
Les montagnes agissent ainsi pendant les dernières semaines qui précèdent les pluies. Le soir, quand on les regarde, elles se mettent brusquement en mouvement et se révèlent telles qu’elles sont.<br>
Elles deviennent alors si accessibles, si claires et si vivantes, qu’elles semblent s’offrir à nous avec tout ce qui leur appartient : pour un peu on aurait cru pouvoir, depuis la maison, se promener sans effort dans leurs grandes taches vertes.<br>
Il semblait que si une antilope traversait l’éboulis avec cette lumière, je verrais briller ses yeux, se dresser sa tête. Si un oiseau se posait sur une branche, je l’entendrais chanter.<br>
Quand, en mars, les montagnes se révèlent ainsi, c’est signe de pluie. Maintenant, c’était signe que nous allions nous séparer.</em></p>
<p>J’ai terminé <em>La ferme africaine </em>dans le dernier des trains qui me ramenait à la maison, bon timing ! Au programme des prochaines semaines : beaucoup d’albums jeunesse puisque je rejoins le festival <a href="http://www.cljbxl.be/Realisations/LDP/LDP.html">Lire dans les parcs</a> dès jeudi, et des romans, cette fois à piocher dans les stocks en toute conscience !</p>
<p><strong>Et vous, de belles découvertes cet été ?</strong></p>
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		<title>entre les pages : lectures de mai</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jun 2017 09:56:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<category><![CDATA[CTA Newsletter]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux belles lecture du mois de mai, et une conférence-bonus sur l'écriture.</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/entre-pages-lectures-de-mai/">entre les pages : lectures de mai</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-663" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/06/Lectures-de-mai-300x251.jpeg" alt width="600" height="503"></p>
<p>En mai, c’était un peu la course, les bouchées doubles pour les fins de projets chouettes (<a href="http://www.ameliecharcosset.com/actualites/motslenbeek-promenade-poetique/">demain</a> !), le rythme de l’écriture à essayer de garder. C’était aussi les bouts de soirées qu’on imagine passer à bouquiner sur la terrasse clandestine et qui se transforment en bouts soirées à regarder la ville, les toits et les couchers de soleil depuis la terrasse clandestine, ce qui n’est pas mal non plus, mais qui fait moins vite descendre la PÀL.</p>
<p>En résumé donc, j’ai trouvé peu de temps et de disponibilité pour de la fiction, toute prise que j’étais par la vie (et par un essai passionnant et bouleversant qui prend beaucoup de place mais dont je ne parlerai pas encore parce que je suis toujours en plein dedans (remarquez le subtil teasing)). Ceci dit, j’ai lu quand même deux BEAUX textes, et ce, grâce à des amies chères : j’en profite pour dire ici que je suis ravie de savoir que ces petites chroniques de lecture éveillent des envies chez certain.e.s d’entre vous, et que l’idée que vous vous retrouviez avec ces bouquins aimés/émus entre les mains parfois même à des milliers de kilomètres de là (coucou <a href="https://saharabande.wordpress.com/">Audrey</a>) me met en joie !</p>
<h2><em>De A à X</em>, John Berger</h2>
<p>traduit de l’anglais par Katya Berger Andreadakis, éd. de l’Olivier.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-657 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/06/De-A-à-X-John-Berger-atelier-ecriture.jpeg" alt width="195" height="283">C’est mon amie Ce. qui m’a prêté ce livre il y a environ, ouch, je n’ose même pas le dire… deux ans ? Oui, avec moi, il ne faut pas être pressé.e… Il était là, tranquillement sur mon <span style="text-decoration: line-through;">étagère</span> rebord de fenêtre qui accueille les bouquins prêtés, et je n’y avais (justement) jamais prêté plus d’attention que ça… Et puis un jour, dans l’essai dont je parle au début en disant que je n’en parlerai pas, je tombe sur une phrase de John Berger tellement juste que j’ai mis un grand point d’exclamation au crayon dans la marge. Plus tard, je passe devant la fenêtre en question, et mon regard se pose sur le bouquin de Ce., de John Berger, exactement. Voilà, c’était le petit signe qu’il me fallait pour me lancer dans la lecture de ce roman.</p>
<p>C’est un peu fou de me dire que j’ai eu ce texte magnifique chez moi pendant tout ce temps et que je ne le découvre que maintenant. Combien d’autres trésors cachés dans cet appartement ? Bref, <em>De A à X</em> est un recueil de lettres de Aïda à Xavier, son amoureux qui est en prison. De lui, on aura des notes sur le monde, accrochées au réel, gribouillées au dos des missives d’Aïda. La langue est <strong>d i n g u e</strong>, l’amour qui tient la distance et tout ce qui est insufflé de liberté rien que dans les mots. Je crois que c’est une des plus belles choses sur l’amour et la résistance qui m’ait été donné de lire, ouioui, au moins ça. Résumé <a href="http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782879296302-de-a-a-x">là</a>.</p>
<p><em>Mi Golondrino,<br>
[…] Je te parle si souvent dans ma tête que je ne me rappelle plus toujours exactement ce que je mets ou pas par écrit. Dans une ville sans prison – y en a‑t-il jamais eu ? –, qui pourrait se douter qu’on soit capable de mettre tant de choses dans des lettres ?<br>
Je relis souvent les tiennes. Mais pas la nuit. Relire tes lettres peut s’avérer dangereux pour la nuit. Je les lis le matin, après le café, et avant le travail. Je sors pour voir le ciel et l’horizon. Certaines fois, je monte sur le toit. D’autres fois, je vais dehors, je traverse la rue et m’assieds sur le tronc d’arbre mort, là où il y a les fourmis. Oui, elles y sont toujours. Je sors ta lettre de son enveloppe salie et je lis. Et tandis que je lis, les jours entre se heurtent et s’entrechoquent comme les wagons d’un train de marchandises ! Ce que je veux dire par «&nbsp;les jours entre&nbsp;» ? Je veux dire les jours entre cette fois et la dernière fois que j’ai lu la même lettre. Et les jours entre celui où tu l’as écrite et celui où ils t’ont pris. Et entre le jour où l’un des gardiens l’a postée et le jour où je m’assieds sur le toit pour la lire. Et entre aujourd’hui, où il faut se souvenir de tout, et le jour où nous pourrons nous permettre d’oublier, car nous aurons tout. Voilà ce que sont les jours entre, mon amour, et le chemin de fer le plus proche se trouve à deux cents kilomètres.<br>
[…] Je t’écris tout ça tard dans la nuit. Je pense à tes lettres que je relis tôt le matin, quand les jours entre se heurtent et s’entrechoquent comme des wagons de marchandises, et je pense à mes lettres que tu lis dans ta cellule, et je souris en pensant à leur immense secret, qui est le nôtre, à toi et moi.</em></p>
<h2><em>Jason Albert Guillaume</em>, éd. Trames.</h2>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-660 alignright" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/06/Jason-Albert-Guillaume-atelier-ecriture-226x300.png" alt width="226" height="300">Cette fois, c’est un livre offert par mon amie Delphine pour mon anniversaire il y a… à nouveau deux ans. (En fait, tout ça peut constituer un excellent moyen de voyager dans le temps : lisez les livres que les gens vous ont conseillés/offerts il y a plusieurs années, (comment) avez-vous changé ?!).</p>
<p>La forme est tout à fait originale. Le livre tient presque dans ma main, il n’y a pas de titre sur la couverture, mais un portrait, et c’est bien de ça dont il s’agit. En furetant sur le site de la <a href="http://www.trames.be/">maison d’éditions, Trames</a>, je lis : «&nbsp;Au départ du projet Trames, la conviction que chacun vit des aventures. Des terres inconnues, des reliefs intérieurs, ou même ce qu’on appelle le quotidien. Des événements en apparence banals, pourtant chargés de sens et d’émotion.&nbsp;» Toute personne me connaissant un peu saura que ça me parle complètement (mon amie Delphine me connaît donc, chouette !)</p>
<p>L’objet-livre est beau : des photographies, des citations mises en exergue, des fac similé (et j’ADORE les fac similés), une mise en pages soignée, un index génial à la fin, bref, j’aime tout ! Et cette personne, Jason Albert Guillaume, quel personnage ! L’écriture est fragmentaire, laissant de la place pour l’interprétation ; la langue est très orale, ce qui rend Jason Albert Guillaume attachant au possible. Ça parle du Rwanda, mais pas que (mais c’est bien de croiser les regards, après <a href="http://www.ameliecharcosset.com/lectures-de-fevrier/">Petit Pays de Gaël Faye</a>). Ça parle aussi de Dubaï, des États-Unis, de Bruxelles, des signes de la vie, du destin, de si on y croit ou pas, des amours perdues et retrouvées… C’est beau et ça me donne sacrément envie d’aller fouiller dans les autres ouvrages de la même <a href="http://www.trames.be/">maison</a>.</p>
<p><em>Franco était mince, grand, et il rigolait tout le temps. Blond… «&nbsp;Être avec toi c’est tellement bien, c’est comme si j’étais tout seul.&nbsp;» Cette phrase c’est Jean Yanne qui l’a dite, c’est pas moi. Tu vois, quand tu es avec quelqu’un avec qui t’as pas de pression ? T’as l’impression que le temps s’est arrêté.<br>
Franco il pouvait pas vivre longtemps, c’est pas possible. T’as déjà rencontré des gens, c’est tellement bon que c’est pas possible ? T’as l’impression que c’est pas possible que ça dure ?<br>
*<br>
Quand j’ai des projets, je n’aime pas en parler, j’ai l’impression que ça ne se réalisera pas. Aujourd’hui j’ai changé, je n’ai plus rien à perdre. Je me dis «&nbsp;Si ça se passe pas et alors ?&nbsp;Je l’ai rêvé quand même.&nbsp;» Alors voilà, j’aimerais aller vivre à Zanzibar.</em></p>
<h2>Une pépite bonus</h2>
<p>Et comme ce n’est pas beaucoup, une petite pépite en bonus. J’ai regardé avec tout grand plaisir un petit matin sans sommeil cette conférence de Laurent Gaudé (dont j’adore l’écriture, bon ok, <em>et la voix</em>) dans laquelle il répond à la question : «&nbsp;Pourquoi écrire ?&nbsp;». C’est inspirant et bienveillant, c’est pile ce dont j’ai besoin qu’on me répète, régulièrement :</p>
<p>&nbsp;</p>
<div style="position: relative; height: 0; padding-bottom: 75.0%;"><iframe loading="lazy" style="position: absolute; width: 70%; height: 70%; left: 0;" src="https://www.youtube.com/embed/nVPUdaWO-ac?ecver=2" allowfullscreen="allowfullscreen" width="480" height="360" frameborder="0"></iframe></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et vous, quelles ont été vos inspirations du mois de mai ?</p>
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		<title>entre les pages : lectures d’avril</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 May 2017 18:54:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<category><![CDATA[CTA Newsletter]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des livres, des livres et encore des livres. Contre (ou avec) le tumulte du monde, je ne vois que ça...</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-620 " src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Lectures-davril.jpeg" alt width="542" height="454"></p>
<p>En avril, j’ai continué à être sur les routes, et surtout, j’ai passé du temps loin des écrans et du monde (et vu la période, j’ai plutôt bien fait…), avec de la fiction en horizon. J’ai lu, lu, lu, retrouvé le plaisir des pages à engloutir, des histoires qui se mêlent, des textes qui émeuvent et interrogent. Aussitôt rentrée à Bruxelles, j’ai perdu le rythme, et délaissé un peu les mots. Je compte y revenir, dès que possible. En attendant, petit tour de mes beaux échos du mois.</p>
<h3><em><strong>Des corps en silence, </strong></em><strong>Valentine Goby.</strong></h3>
<p>Acheté à Chalon, lu dans un train pour La Rochelle, puis dans une chambre d’hôtel à Brest, mon corps en silence transporté d’un lieu à l’autre, d’une histoire à l’autre : deux textes habilement mêlés, de maintenant et d’il y a longtemps, deux histoires de femmes et de fin du désir, de corps — encore. Je lis Valentine Goby depuis des années, déjà au lycée, et je ne m’en lasse pas. Résumé <a href="http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Des-corps-en-silence">ici</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-602 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/04/Des-corps-en-silence_Valentine-Goby_atelier-ecriture.jpeg" alt width="288" height="482"></p>
<p><em>Elle connaît le manque : de Kay. Physique ; la faim de Kay, la frustration de son éloignement prolongé et parfois, la peur de sa disparition. Quand ça arrive se creusent dans sa poitrine, dans son ventre, les formes de la petite fille. Claire anticipe le renflement de la joue de Kay dans sa nuque ; la surface d’appui de son visage à la base du cou ; la marque mouillée de sa bouche sur l’épaule ; la préhension de ses vertèbres cervicales par ses petites mains nouées. Le manque est possible, il a les contours du corps de Kay. Claire peut avancer les bras, envelopper exactement les volumes invisibles, elle le fait, serrant le corps fantôme au niveau précis des aisselles, un enlacement étroit, intuitif, guidé par la mémoire précise des diamètres, des circonférences, du poids de chaque partie isolée, des distances entre elles, de leur souplesse, de leur fragilité. Elle a la sensation des jambes enroulées autour de sa taille, trop courtes pour en faire le tour ; elle les voit, dans le miroir en pied qui lui fait face, collé à la porte coulissante du placard de la chambre d’hôtel. Elle sait, d’avance, toutes les pressions : celle des genoux sur ses hanches, celle des talons contre ses reins, celle des poignets dans son cou. Le ventre un peu bombé s’imprime contre le sien. Plus haut s’ouvre un espace entre sa poitrine et le sternum de Kay, à cause du relâchement de sa tête, lourde, abandonnée contre l’épaule de sa mère, forçant son dos à la rondeur. Depuis la naissance, depuis le nourrisson à la tête ployante, à la fontanelle molle, aux os friables, aux doigts de verre jusqu’à l’enfant potelée, à la petite fille mince aux articulations trop fines, Claire connaît par cœur, à cause du manque, de la nécessité de le recomposer mentalement, charnellement, le corps de Kay.</em></p>
<h3><strong><em>La femme brouillon</em>, Amandine Dhée.</strong></h3>
<p>D’Amandine Dhée, j’aime beaucoup <em>Du bulgom et des hommes</em>, dont j’utilise régulièrement des extraits en atelier. Là, son dernier livre au titre qui me parle <em>tellement</em> évoque la maternité ; depuis le désir (ou non) de grossesse, jusqu’au fait d’être mère et d’élever un nourrisson. C’est savoureux, féministe, interpelant, parfois très drôle et parfois un peu glaçant, ça dit les mille facettes d’une aventure infiniment complexe (enfin disons que c’est comme ça que je l’imagine) et j’ai envie de le faire lire à toutes les jeunes mères qui m’entourent et qui me sont chères. Résumé <a href="https://www.lacontreallee.com/catalogue/la-sentinelle/la-femme-brouillon">ici</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-full wp-image-609" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Amandine-Dhée-femme-brouillon-atelier-ecriture.jpeg" alt width="249" height="350"></p>
<p><em>Les paroles de </em>Cécile<em>, la chanson de Nougaro, me reviennent. «&nbsp;Que toujours on te touche comme moi maintenant&nbsp;». La douceur d’un coton, la tiédeur d’une main, la lenteur d’un geste, ces micro-événements dont il ne se souviendra jamais et qui laissent forcément une trace.<br>
C’est dans ces gestes anodins, répétés des milliers de fois, que s’imprime un message.<br>
Que toujours ton corps compte.<br>
Pour la première fois, je comprends ce que ça signifie, avoir les mains dans la merde d’un autre. Étrange comme on méprise ces gestes. Ce sont pourtant eux qui peuvent prendre ou rendre la dignité. Je pense à toutes ces femmes qui exécutent ces soins à la chaîne, dans l’indifférence totale. Qui torchent, soignent, et nourrissent les vieux et les malades. Peut-être passe-t-on notre vie à tenter d’oublier cette idée. Quoiqu’il arrive, notre corps commence et finit entre les mains des autres.<br>
Arrivent alors les questions vertigineuses. Comment m’a-t-on touchée, moi ?</em></p>
<h3><strong><em>La nuit du second tour</em>, Eric Pessan.</strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-613" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Pessan-La-nuit-du-second-tour-atelier-ecriture-205x300.jpeg" alt width="205" height="300"></h3>
<p>Après avoir adoré <em>L’écorce et la chair</em> <a href="http://www.ameliecharcosset.com/entre-les-pages-lectures-de-mars-livres-de-chemin/">le mois précédent</a>, je n’ai pas pu résister quand je suis tombée sur le dernier roman d’Eric Pessan. L’errance de deux personnages, Mina et David, dans une nuit post-élections où le pire est arrivé… Je l’ai lu le cœur battant, mais terminé en ayant l’impression que quelque chose n’avait pas été assez creusé. Résumé <a href="http://www.albin-michel.fr/ouvrages/la-nuit-du-second-tour-9782226328700">ici</a>.</p>
<p><em>À bord du porte-conteneurs, l’environnement résiste. Et ça résiste en elle. Ça reste coincé, son attention n’arrive pas à se fixer. Trop de choses, trop d’émotions, trop de nouveautés, trop de voix qui lui expliquent ce qu’est un bateau, trop de violence dans le résultat des élections, trop de douleurs en elle, Mina est victime d’un embouteillage de sensations. Elle est encombrée d’une masse confuse de pensées. Il lui faut le tamis de quelques nuits, encore, pour se débarrasser. Il lui faut un peu de distance, il lui faut arrêter d’être émerveillée par la masse colossale du cargo, l’investir de banalité comme elle a fini par reprendre sa cabine familière.<br>
Demain, peut-être.</em></p>
<h3><strong><em>Dans la forêt</em>, Jean Hegland.</strong></h3>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-full wp-image-611" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Hegland-Dans-la-foret-atelier-ecriture.jpeg" alt width="250" height="366"> C’est à La Rochelle, pendant le magnifique festival Vibrations poétiques, que <a href="https://www.empreintedemots.fr/">ma chère amie et poète Floriane</a> m’a dit, “Ah mais si tu vas dans une cabane dans la forêt, il faut que tu lises <em>Dans la forêt</em>”. Et comme j’aime bien cette idée d’accorder ses lectures aux lieux dans lesquels on les découvre (même si j’aime aussi l’inverse : je me souviens d’avoir adoré lire l’hiver hongrois de <em>La porte</em> de Magda Szabo dans un été burkinabé…), je lui ai fait confiance, et j’ai ajouté <em>Dans la forêt</em> à la pile de livres achetés à la chouette <a href="http://www.lapetitelibrairie.net/">Petite Librairie</a> lors de mon passage brestois. Et quel coup au cœur, de cœur, quelle belle découverte ! Un livre qui parle de — parmi beaucoup d’autres choses — <em>sororité</em>, et à ce moment-là, c’est cela particulièrement qui m’a touchée. Résumé <a href="http://www.gallmeister.fr/livres/fiche/193/hegland-jean-dans-la-foret">ici</a>.</p>
<p><em>L’autre jour, tandis que j’étudiais les chauves-souris, je suis passée à la lettre E afin d’en apprendre plus sur l’Emballonura, une chauve-souris insectivore, et là, l’article précédent a attiré mon attention&nbsp;: </em>ENGELURE, lésion qui survient quand la perte de chaleur entraîne la formation de cristaux de glace dans les tissus vivants. Les tissus ainsi endommagés sont privés de sang, deviennent durs et insensibles. Afin de prévenir les complications, telles les infections ou la nécrose des tissus, il est important de réchauffer les zones affectées aussi vite et délicatement que possible ; cependant, lors du dégel, la douleur peut être intense.<br>
<em>C’est cela que je ressentais, quand nous nous sommes mises à passer de pièce en pièce, à examiner les objets de notre enfance, les biens de nos parents que nous avions perdus. Petit à petit les tissus s’assouplissaient, se réchauffaient, petit à petit le sang revenait, mais parfois la douleur de ce dégel était si intense que j’avais envie de rester à l’état de glace. Pourtant, une sorte de vie embrasait à nouveau mon moi gelé – cellule après cellule, toutes hurlant.</em></p>
<h3><strong><em>Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce,</em> Lola Lafon.</strong></h3>
<p><a href="http://www.ameliecharcosset.com/entre-les-pages-lectures-de-mars-livres-de-chemin/">Encore</a> <a href="http://www.ameliecharcosset.com/entre-les-pages-t-greenwood-lola-lafon-et-laurent-mauvignier/">et</a> <a href="http://www.ameliecharcosset.com/lectures-de-janvier/">toujours</a> Lola Lafon, j’ai trouvé celui-ci — aussi — à Chalon, mais j’ai dû m’empêcher de le lire tout de suite : il y avait des échos entre le roman que j’essaie de terminer d’écrire et le début de ce livre-là, et je ne voulais pas m’auto-dégoûter de mon texte (déjà que ce n’est pas évident tous les jours…). Je me suis finalement autorisée à plonger (car c’est ça, un roman de Lola Lafon, une plongée, une apnée) quand mon texte était bien loin, et je ne suis remontée à la surface qu’après avoir englouti les 425 pages de <em>Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce</em>, entraînée dans la vie trépidante des trois jeunes femmes dont il est question. Résumé <a href="http://www.actes-sud.fr/catalogue/pochebabel/nous-sommes-les-oiseaux-de-la-tempete-qui-sannonce-babel">ici</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-615" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Lafon-Nous-sommes-les-oiseaux-de-la-tempete-qui-sannonce-atelier-ecriture-187x300.jpeg" alt width="187" height="300"><br>
<em>Plus tard, il est presque l’heure d’aller au car, elle secoue la tête avec force et éclate de rire. «&nbsp;Tu sais, les gens qui marmonnent, «&nbsp;ah mais ils ne savent plus quoi inventer&nbsp;»… C’est peut-être un cri de désespoir. Une constatation terrible. Ils ne savent plus quoi inventer ! Mais que va-t-on devenir si plus rien n’est inventé ? Une pénurie… Je ne sais plus qui a dit ça, qu’une société qui abolit toute aventure, fait de l’abolition de cette société la seule aventure possible…&nbsp;»<br>
Elle attend un peu, les sourcils fâchés, puis, comme une enfant qui n’a rien mangé depuis la veille, elle se rapproche d’un coup et jette ses bras autour de ma taille tandis que ses cheveux se posent sur mon épaule.<br>
«&nbsp;J’aime j’aime que tu ne me dises jamais : sois simple…&nbsp;»</em></p>
<h3><strong><em>En quête du rien,</em> William Wilkie Collins.</strong></h3>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-medium wp-image-616" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Collins-en-quete-de-rien-atelier-ecriture-210x300.jpeg" alt width="210" height="300">J’ai lu ce court texte à voix haute (comme <em>La femme brouillon</em>, dont je vous parlais plus haut) à mon amoureux qui, ma foi, fait un excellent public. Il faut dire que cette nouvelle est parfaite pour ça : elle est drôle, et l’écriture de 1857 est savoureuse. Le propos quant à lui nous a parlé, puisque le narrateur tente tant bien que mal de trouver le calme, la tranquillité à laquelle il aspire tant — un peu comme nous, à ce moment-là — ce qui s’avère beaucoup plus compliqué que prévu (pour nous finalement, ça allait) ! Résumé <a href="http://www.editionsdusonneur.com/livre/en-quete-du-rien-de-william-wilkie-collins/">ici</a>.</p>
<p><em>Et si j’allais me promener un peu ? (Non, ma chérie, je te promets, je n’en ferai pas trop ; je vais te revenir en pleine forme et nous ferons un petit tour tous les deux). Maintenant que me voici sur le seuil, dans quelle direction diriger mes pas ? Il y a deux chemins ici. Le premier mène le long de la falaise, vers l’ouest ; le second mène le long de la falaise, vers l’est. Lequel choisir ? D’ordinaire, je suis l’homme le moins porté aux atermoiements qui soit ; mais l’oisiveté semble m’avoir privé de ma force de caractère habituelle. Je vais jouer à pile ou face. Face, je vais à l’ouest ; pile, je vais à l’est. Face ! Dois-je me laisser guider par ce premier résultat, ou procédé-je à deux nouveaux lancers, pour me plier au verdict du nombre ? Oui, oui, le verdict du nombre ! Cela me prendra déjà un petit moment. Face… pile… face. C’est donc bien l’ouest. Le destin, je le crois, a tranché. Ou se peut-il que, non content de m’avoir dépouillé de toute initiative, l’oisiveté m’ait également rendu superstitieux ?</em></p>
<h3><strong><em>La vérité sur l’affaire Harry Québert</em>, Joël Dicker.</strong></h3>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-617" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/La-verite-sur-laffaire-Harry-Quebert-Joel-Dicker-atelier-ecriture-186x300.jpeg" alt width="186" height="300">Il y a quelques mois, j’avais demandé à Twitter des romans impossibles à lâcher avant la fin. On m’avait notamment conseillé le très beau <a href="http://www.ameliecharcosset.com/lectures-de-janvier/">Tout ce qui est solide se dissout dans l’air.</a> On m’avait aussi parlé de ce livre-ci. Alors, quand je l’ai vu sur les étagères de la cabane, que j’avais presque fini tous les bouquins que j’avais apportés, je me suis demandé s’il était possible de le lire avant de repartir : plus de 860 pages, nous étions là encore trois jours. Finalement, il ne m’en a fallu qu’un pour venir à bout de ce pavé. Belle claque à mon snobisme littéraire, aussi, qui me fait répéter que je me fiche de l’histoire tant que c’est bien écrit. Ici, ce ne sont pas les mots “bien écrit” que j’emploierais (…), et il y a environ mille fois trop de clichés, MAIS j’ai trouvé l’histoire sacrément bien ficelée. Résumé <a href="https://www.babelio.com/livres/Dicker-La-verite-sur-laffaire-Harry-Quebert/409204">ici</a>.</p>
<p><em>Et à chaque fois qu’ils verront des mouettes, ils penseront à votre livre et à toute votre œuvre. Ils ne percevront plus ces oiseaux de la même façon. C’est à ce moment-là seulement que vous savez que vous êtes en train d’écrire quelque chose. Les mots sont à tout le monde, jusqu’à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. Voilà ce qui définit un écrivain. Et vous verrez, Marcus, certains voudront vous faire croire que le livre est un rapport aux mots, mais c’est faux : il s’agit en fait d’un rapport aux gens.</em></p>
<h3><strong><em>La Trouille,</em> Julia Billet.</strong></h3>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-medium wp-image-618" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Billet-La-trouille-atelier-ecriture-190x300.gif" alt width="190" height="300">Chaque nouveau livre de Julia est une fête. Je la lis depuis des années, c’est <em>Salle des pas perdus </em>qui m’avait poussée à lui écrire, et je n’imaginais pas qu’elle deviendrait cette amie-là. Parfois, quand je n’ose pas faire quelque chose, je repense à ma première lettre à Julia, et ça m’aide 😉 Bref, son livre <em>La trouille</em> est un roman pour les adolescent.e.s qui parle de la difficile question de la réinsertion et de la vie après la prison, de ce qu’on en pense quand on est juste avant l’après, justement. C’est une expédition en haute montagne à la fin de son incarcération qui va permettre au narrateur de dépasser sa peur de la suite. C’est émouvant de lire ce voyage-là… Et au passage, on salue la création d’une nouvelle maison d’édition au si joli nom, <a href="http://lecalicot.fr">Le Calicot</a> ! Résumé <a href="https://i1.wp.com/lecalicot.fr/wp-content/uploads/2017/03/La-trouille-couverture-entier.jpg">ici</a>.</p>
<p><em>Le moteur s’est arrêté, on est descendus après quelques minutes d’immobilité et de silence. Quand j’ai levé la tête, j’ai été étourdi : à quelques encablures il y avait la neige et au-dessus, tout en haut, un sommet, des sommets, des pics blancs dans le ciel trop bleu pour les yeux. Un ciel sans limite. Sans nuage. Un ciel grand comme l’univers. Un ciel qui cognait dans la tête par trop de clarté.</em><br>
<em>Tout cet espace devant moi, au-dessus de moi, ça s’est engouffré dans ma poitrine d’un coup, ça m’a coupé le souffle. J’ai fermé les yeux tellement la lumière y entrait trop vite, trop fort. Fulgurance presque douloureuse. J’ai eu la nausée.</em><br>
<em>Personne n’a rien dit.</em><br>
<em>Les vieux et les autres étaient comme moi. Bouche bée. Immobilisés. Trop remplis de tant d’air, de tant de surface, de tant de silence. De tout cet espace dessus, dessous, devant. De nous si petits.</em><br>
<em>Je n’avais jamais vu la montagne d’aussi près. Une montagne de pierre et de neige, devant moi, obstruant l’horizon à la verticale. Une montagne d’histoires, des millénaires à portée de jambes.</em></p>
<h3><strong><em>Venus d’ailleurs</em>, Paola Pigani.</strong></h3>
<p>Acheté à Brest, lu en tendant le pouce un lundi de Pâques, et plus tard sur la Côte d’Opale. Le voyage dont il est question dans le livre est bien plus dangereux que les miens, Simona et Mirko, un frère et une sœur sur le chemin de Lyon depuis le Kosovo. Ça parle de la vie qu’ils reconstruisent là, de cette langue bizarre à apprendre, et des repères à créer pour tenir. C’est beau. L’écriture de Paola Pigani est délicate comme dans <em>N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures</em>, qui m’avait aussi beaucoup touchée. Et puis entre nous, un livre qui parle de ma ville natale et de FLE, ça ne pouvait pas tout à fait me déplaire 🙂 Résumé <a href="http://lianalevi.fr/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=536">ici</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-full wp-image-608" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/05/Paola-Pigani-couverture-Venus-dailleurs-atelier-ecriture.jpeg" alt width="200" height="300"></p>
<p><em>Elle lâchait un instant sa mèche de cheveux, allait chercher Mirko, parti fumer dehors. Là, il se faisait engueuler.<br>
Robert vient nous apprendre le français gratis. Tu dois pas sortir, c’est pas sympathique !<br>
Robert insistait pour qu’ils prononcent les mots entiers : sympathique, réfrigérateur, télévision, automobile, cinématographe… La jeune fille se délectait de ces mots à plus de trois syllabes. Elle aimait bien cet instituteur âgé, austère et doux. Il souriait peu mais sa voix régulière et feutrée distillait des leçons de lenteur incomparables. Chaque semaine, elle attendait sa venue, un peu tendue. Ce n’était pas l’effort, apprendre, retenir, comprendre, parler… C’était le désir. Entrer dans une langue nouvelle, une grande demeure de plusieurs étages. Entendre sur le même palier l’argot des collégiens tchétchènes ou soudanais, lee parler clair et claquant de Thierry, les injonctions du médecin ou de Myriam, les dialogues des téléfilms et les publicités à la télévision. Simona aspirait à parler à la fois comme le vieil instituteur et l’actrice Marion Cotillard.</em></p>
<p>Ouf, et voilà pour cette fois ! J’aime bien vous raconter ces pages traversées, je me rends compte aussi des fils qui se tissent entre chaque livre, du réseau que cela crée… Et vous, est-ce que ces livres-ci vous font penser à d’autres ? Qu’avez-vous lu de beau, et qu’est-ce que les histoires tricotent en vous ?</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/entre-les-pages-lectures-davril/">entre les pages : lectures d’avril</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
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		<title>entre les pages : lectures de mars, retour aux sources</title>
		<link>https://ameliecharcosset.com/entre-les-pages-lectures-mars-2017/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Apr 2017 15:03:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J'ai passé mars sur les routes et dans mon sac à dos, j'avais de beaux mots pour m'accompagner... Non pas des livres de voyages mais des livres de chemin...</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/entre-les-pages-lectures-mars-2017/">entre les pages : lectures de mars, retour aux sources</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-575" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/03/lectures-de-mars.png" alt width="600" height="503"></p>
<p>J’ai passé mars sur les routes et dans mon sac à dos, j’avais de beaux mots pour m’accompagner… Non pas des livres de voyages mais des <em>livres de chemin</em>, échos multiples aux questionnements &amp; projets du moment. Livres prêtés et empruntés, achetés et laissés, conseillés et aimés… Quatre beaux textes d’auteur.e.s que je connaissais déjà et qu’il a fait bon retrouver.</p>
<h2><strong>Lectures de mars, retour aux sources<br>
</strong></h2>
<h4><em>Mr Gwyn, </em>Alessandro Baricco.</h4>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-576 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/04/Mr-Gwyn.jpeg" alt width="211" height="348"></p>
<p>Résumé <a href="http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/Mr-Gwyn">ici</a>. J’avais découvert Baricco au lycée, avec ses <em>Châteaux de la colère</em> et puis <em>Soie,</em> et plus tard, j’ai adoré <em>Océan mer</em> que j’ai relu une fois par an pendant longtemps. Je me souviens d’un trajet en train Lyon-Paris pendant au début duquel j’avais lu <em>Novecento </em><em>: pianiste </em>avant de finir le voyage bouche bée, grosse claque. J’ai aussi eu quelques déceptions, avec Baricco, mais on m’avait parlé de<em> Mr Gwyn, </em>et je suis tombée dessus au bon moment. J’ai beaucoup aimé ce roman autour de la question de la création et de l’écriture, j’en ai aimé les personnages et les idées farfelues, l’ambiance intrigante et la douceur.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>De plus en plus souvent, cependant, ce besoin d’écrire le reprenait, avec la nostalgie de cet effort quotidien pour mettre en ordre ses pensées sous la forme rectiligne d’une phrase. De façon instinctive, alors, il finit par compenser ce manque par un rituel privé de son invention, qui ne lui sembla pas dépourvu d’une certaine beauté : il se mit à écrire mentalement, pendant qu’il marchait, ou allongé sur son lit, lumière éteinte, en attendant le sommeil. Il choisissait des mots, construisait des phrases. Il lui arrivait de suivre une idée plusieurs jours d’affilée, écrivant dans sa tête des pages entières, qu’il aimait se répéter, quelquefois à voix haute. Il aurait pu tout aussi bien faire craquer ses doigts, ou enchaîner des exercices de gym, toujours les mêmes. C’était un truc physique. Il aimait ça.</em></p>
<p align="JUSTIFY">*</p>
<h4 align="JUSTIFY"><em>La petite communiste qui ne souriait jamais, </em>Lola Lafon</h4>
<p align="JUSTIFY"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-578 alignright" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/04/La-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais-atelier-ecriture.jpeg" alt width="312" height="500">Résumé <a href="http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais">ici</a>. Je continue mon exploration des romans de <a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/lola-lafon/">Lola Lafon</a> (j’ai rarement cette envie de <em>tout </em>lire d’un.e auteur.e, mais c’est une sensation délicieuse), et à chaque fois, son écriture vient émouvoir quelque chose en moi d’indéfinissable, même si ce roman-ci n’est pas celui que j’ai préféré d’elle.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>«&nbsp;Comment était Nadia Comaneci quand elle était bébé ?&nbsp;» demande ce journaliste la semaine passée. Il prononce Co-ma-ne-ci comme si elle ne connaissait pas le nom de sa fille. Et c’est ce «&nbsp;Am stram gram am stram gram je te man-ge-rai je te dé-vo-re-rai&nbsp;» qui lui revient, ce «&nbsp;À qui est ce pied ? À qui est cet œil ? Et le ventre ? Et la tête, la tête, hein, à qui on la donne ?&nbsp;» Parfois, on jouait dans le jardin, je la retenais contre moi, toute moelleuse et essoufflée d’avoir couru, elle voulait toujours courir et tout faire seule – singurica singura –, se coiffer seule, s’habiller seule, sa main repoussait ma cuillère remplie de riz. Et Gheorghe répétait ça aux voisins, ah ça, elle sait ce qu’elle veut, bien sûr, pour lui, c’était facile d’admirer ça, moi aussi, j’essayais de l’admirer, mais cette volonté d’un bébé de trois ans de s’éloigner sans cesse de moi, comme pour me prouver mon inutilité, me donnait parfois envie de dire, je ne la connais pas, ça n’est pas la mienne.</em></p>
<p align="JUSTIFY"><em>Elle n’était pas avec nous autres, voudrait-elle répondre au journaliste. Elle était seule.<br>
</em></p>
<p align="JUSTIFY">*</p>
<h4 align="JUSTIFY"><em>Les mains libres, </em>Jeanne Benameur.</h4>
<p align="JUSTIFY"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-579 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/04/les-mains-libres-atelier-ecriture.jpeg" alt width="304" height="499">Résumé <a href="http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/Les-mains-libres">ici</a>. Retrouver l’écriture dépouillée de <a href="http://www.ameliecharcosset.com/tag/jeanne-benameur/">Jeanne Benameur</a> pour dire les histoires du monde. La rencontre de Madame Lure, petite vieille dame à l’existence trop rangée, et de Vargas, sur la route sans cesse. Un beau texte sur les liens improbables et les influences qu’on a les un.e.s sur les autres, sur l’immobilité et l’errance, et ce qui fait une vie.</p>
<p><em>Vargas reprend sa marche dans les rues.</em><em>Il est toujours à sa place d’errant. Mais pour la première fois, un lien s’est tissé avec quelqu’un de la ville. Son regard sur les pierres des murs est différent parce qu’Yvonne aussi y a peut-être posé le sien.</em><em>Est-ce que c’est cela habiter un lieu ? Est-ce que c’est sentir, où qu’on aille, que les autres nous accompagnent aussi de leurs passages innombrables ? Est-ce qu’il faut ces empreintes réitérées pour que les lieux soient vivants ? Lui, il avait toujours été attiré par les terrains vagues.</em></p>
<p><em>Est-ce que c’est dans les villes qu’on apprend à être semblable ?</em></p>
<p><em>Vargas avance. Toutes les questions jaillissent enfin de façon claire en lui. Pour la première fois, il a l’impression qu’il tient le bout de l’écheveau pour dévider les réponses.</em></p>
<p><em>Il s’agit d’Yvonne.</em></p>
<p>*</p>
<h4><em>L’écorce et la chair, </em>Eric Pessan.</h4>
<p>Résumé <a href="http://www.chemindefer.org/catalogue/l-ecorce-et-la-chair/presentation-du-livre.html">ici</a>. De passage chez <a href="http://lapiazeevive.blogpost.com">Mam</a> (en voie de devenir ma première conseillère en termes de chozàlire), j’ai découvert (et pleuré sur) ce texte fou d’Eric Pessan (que je suis par ailleurs avec grand bonheur et nombreux éclats de rires sur <a href="https://www.facebook.com/eric.pessan">Facebook</a> avec ses mésaventures de train (entre autres) et sur son site, <a href="http://ericpessan.tumblr.com/">Parfois je dessine dans mon carnet</a>). Le texte — émouvante errance mystérieuse jusqu’en Italie d’une femme et d’une enfant à l’arrière de la voiture (qui sont-elles, que font-elles, où vont-elles ?) — est magnifiquement mis en valeur par les aquarelles de Patricia Cartereau. Je ne connaissais pas encore les éditions du Chemin de fer, voilà qui est chose faite, et c’est heureux : leurs livres sont superbes !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-577 alignright" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/04/l-ecorce-et-la-chair-atelier-ecriture.jpeg" alt width="254" height="432"></p>
<p align="JUSTIFY"><em>Les yeux de l’enfant posent une question que la femme ne veut pas voir, la femme ne comprend plus rien, elle ne comprend même plus le visage de l’enfant.</em></p>
<p align="JUSTIFY"><em>Elle ne sait pas pourquoi à quelques mètres l’un de l’autre, une fleur parvient à fendre une pierre et un oiseau se couche dans un fossé. Elle ne sait pas pourquoi certains se relèvent et d’autres gardent en eux toute une vie l’empreinte d’une main qui contrarie leur croissance. Le soir ne décide pas à décliner. Les journées pourtant devraient déjà raccourcir. Il est mort, dit la femme, étonnée d’entendre sa propre voix, étonnée d’avoir parlé pour dire une telle évidence. L’explication, pourtant, semble rassurer l’enfant qui coupe une grande brassée d’herbe folle, la jette sur l’oiseau, puis s’éloigne faire le tour de la chapelle. Le mouvement de l’enfant rend sa liberté à la femme, elle se tend sur la pointe des pieds, essaie de déplier son dos, lentement, et c’est comme si elle gagnait cinq ou six centimètres, comme si sa colonne vertébrale n’était plus un bois tord, comme si le harnais n’entamait plus sa peau. La sensation s’ajoute à la beauté du soir.</em></p>
<p align="JUSTIFY">*</p>
<p align="JUSTIFY">&nbsp;Et vous, quels sont les livres qui vous accompagnent en ce moment ?</p>
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		<title>entre les pages : lectures de février</title>
		<link>https://ameliecharcosset.com/lectures-de-fevrier/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Mar 2017 09:51:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En février, je n'ai pas lu autant que j'aurais voulu. Mais lit-on seulement parfois autant qu'on le voudrait ? 2 romans malgré tout, corps &#038; cœur secoués.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En février, je n’ai pas lu autant que j’aurais voulu. Mais lit-on seulement parfois autant qu’on le voudrait ? Du mal à me concentrer, à me perdre entre les pages, à me laisser aller, j’ai butiné, j’ai commencé plein de choses sans réussir à m’y engager totalement (peut-être vous en parlerai-je en mars, donc, de ces bouquins attaqués mais pas encore terminés).</p>
<p>Quand même :</p>
<h3><strong>Lectures de février, le corps le cœur ébranlés</strong></h3>
<p><em>Rien ne s’oppose à la nuit, </em>Delphine de Vigan.</p>
<p>Résumé <img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-522 alignleft" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/03/Rien-ne-soppose-à-la-nuit.jpeg" alt="Rien ne s'oppose_inspiration_atelier_ecriture" width="271" height="442"><a href="http://www.editions-jclattes.fr/rien-ne-soppose-la-nuit-9782709635790">ici</a>. Il y a quelques temps, j’avais lu <em>D’après une histoire vraie, </em>qui m’avait totalement fascinée et que j’avais dévoré en un week-end. Un peu le même schéma ici, je suis passée chez les bouquinistes le vendredi après-midi, j’ai fini les 435 pages le lundi matin, et c’est pile ce dont j’avais besoin, quelque chose qui aspire — inspire, même, peut-être ? Une enquête autobiographique sur les secrets de famille &amp; l’indicible.</p>
<p><em>“Il y a quelques mois, un jour que je prenais un taxi pour me rendre à l’aéroport de Roissy, le chauffeur s’est mis à me questionner sur ma destination, les raisons de mon voyage, mon métier… Il est rare que je prenne des taxis (mon éditrice qui connaît ma phobie la relie à Lucile), le fait est que je finis toujours, </em>à l’arrière des berlines,<em> par avoir mal au cœur. Ce matin-là pourtant, je fis l’effort de répondre au chauffeur, d’abord un peu évasive, et puis, comme il insistait, je finis par lui dire que j’écrivais.</em><br>
<em> — À quoi c’est dû ? m’a-t-il demandé, exactement comme s’il s’agissait d’une maladie, voire d’une punition, ou d’une malédiction.</em><br>
<em> Dans le rétroviseur, il m’observait d’un œil compatissant.</em><br>
<em> À quoi c’est dû ?</em><br>
<em> Lorsque je vais à la rencontre des lecteurs, dans les bibliothèques, les librairies ou les lycées, on me demande souvent pourquoi j’écris.</em><br>
<em> J’écris à cause du 31 janvier 1980.</em><br>
<em> L’origine de l’écriture se situe là, je le sais de manière confuse, dans ces quelques heures qui ont fait basculer nos vies, dans les jours qui les ont précédées et le temps d’isolement qui a suivi.”</em></p>
<p>*</p>
<p><em>Petit pays, </em>Gaël Faye</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-full wp-image-523" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/03/Petit-pays.jpeg" alt="Petit pays_inspiration_atelier_ecriture" width="280" height="410"></p>
<p>Résumé <a href="http://www.grasset.fr/petit-pays-9782246857334">ici</a>. La grande histoire, celle avec <em>sa grande hache, </em>imbriquée dans la petite, celle de l’enfant français et rwandais qui vit tranquillement avec ses copains dans une impasse de Bujumbura, au Burundi, qui joue, qui apprend. Terrible roman sur ce que c’est de grandir dans un monde comme ça.</p>
<p><em>Lundi 4 janvier 1993</em></p>
<p><em>Chère Laure,</em><br>
<em> Gaby c’est mon nom. De toute façon tout a un nom. Les routes, les arbres, les insectes… Mon quartier, par exemple, c’est Kinanira. Ma ville c’est Bujumbura. Mon pays c’est le Burundi. Ma sœur, ma mère, mon père, mes copains ils ont chacun nom. Un nom qu’ils n’ont pas choisi. On naît avec, c’est comme ça. Un jour, j’ai demandé à ceux que j’aime de m’appeler Gaby au lieu de Gabriel, c’était pour choisir à la place de ceux qui avaient choisi à ma place. Alors pourras-tu m’appeler Gaby, s’il te plaît ? J’ai les yeux marron dont je ne vois les autres qu’en marron. Ma mère, mon père, ma sœur, Prothé, Donatien, Innocent, les copains… ils sont tous lait au café. Chacun voit le monde à travers la couleur de ses yeux. Comme tu as les yeux verts, pour toi, je serai vert. J’aime beaucoup de choses que je n’aime pas. J’aime le sucre dans la glace mais pas le froid. J’aime la piscine mais pas le chlore. J’aime l’école pour les copains et l’ambiance mais pas les cours. Grammaire, conjugaison, soustraction, rédaction, punition, c’est la barbe et la barbarie ! Plus tard, quand je serai grand, je veux être mécanicien pour ne jamais être en panne dans la vie. Il faut savoir réparer les choses quand elles ne fonctionnent plus. </em></p>
<p>*</p>
<p>Et vous, que faites-vous des lectures qui vous secouent ?</p>
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		<title>entre les pages : lectures de janvier</title>
		<link>https://ameliecharcosset.com/lectures-de-janvier/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Feb 2017 19:29:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lola Lafon, Darragh McKeon et Margaret Mazzantini, trois romans lus et aimés en janvier. Extraits.</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/lectures-de-janvier/">entre les pages : lectures de janvier</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Je n’ai pas encore trouvé la façon qui m’irait le mieux pour dire mes lectures, pour vous parler des pages qui m’accompagnent, me parlent, m’interpellent, m’émeuvent au fil des jours et nourrissent mes ateliers. Je voudrais que ce soit comme une conversation autour d’une tasse de <a href="http://letheestencorechaud.tumblr.com">thé encore chaud</a> mais via l’écran, forcément, c’est moins évident.</p>
<p>Peut-être faire le point mois par mois, en espérant que 2017 sera, en lectures du moins, plus dense que 2016, où j’ai eu l’impression à plusieurs reprises de ne plus me laisser “accrocher” par rien. Or, en littérature, j’ai envie d’être accrochée. <em>Suspendue.</em></p>
<h3><strong>Lectures de janvier, inspirations d’ateliers</strong></h3>
<p><em>Une fièvre impossible à négocier, </em>Lola Lafon, coll. Babel, éd. Actes Sud.</p>
<p><em><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft wp-image-487 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/02/Une-fièvre-impossible-à-négocier-188x300.jpeg" width="188" height="300"></em>Déjà cet été, j’avais piqué chez <a href="http://lapiazeevive.blogspot.com">Mam</a> <em><a href="http://www.ameliecharcosset.com/entre-les-pages-t-greenwood-lola-lafon-et-laurent-mauvignier/">De ça je me console</a>, </em>et j’avais été embarquée par cette poésie qui me prend au ventre. Là, il y a à nouveau Mam derrière tout ça (merci) et à nouveau la poésie, un cadeau de Noël offert avant l’heure et lu un peu après. Résumé <a href="http://www.actes-sud.fr/catalogue/pochebabel/une-fievre-impossible-negocier-babel">là</a>.</p>
<p><em>On dîne pour la cinquantième fois avec un(e) ami(e), et on mange toujours la même chose ou presque, des rouleaux de printemps par exemple.</em></p>
<p><em>Puis, on commence un échange de mots dont on a l’impression qu’on connaît déjà la conclusion. Et c’est bien comme ça. Alors, l’ami(e) finit son rouleau de printemps et dit trois phrases, pas plus. Celles qu’on n’attendait pas, qui nous collent encore un peu plus à son amitié. On mâche ce qui reste du rouleau de printemps et on ne veut pas montrer qu’on en a les larmes aux yeux de bonheur, de ce rapprochement inconsidéré.</em></p>
<p><em>C’est là qu’on articule “moi aussi.”</em></p>
<p><em>C’est comme quand on enflamme une allumette et qu’on la colle à une autre et qu’elles se fondent. Je ne m’y fais jamais tout à fait. Dès qu’on dit “moi aussi”, pas mal de choses sont possibles. Il faudrait “moiaussier” au moins une fois par semaine pour tenir le coup, dans cette ville ou dans les autres. On est tellement à penser la même chose, le seul truc c’est qu’on ne se connaît pas encore tous.</em></p>
<p><em>J’ai vu dans les groupes que je fréquente plein de moi aussi. De ces soirées où on envisage d’un coup que tout peut être déplacé, très peu mais déplacé quand même. Et c’est grisant de se dire que même à dix, on peut mettre l’étincelle de désordre nécessaire.</em></p>
<p>*</p>
<p><em> <img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-490 alignright" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/02/Tout-ce-qui-est-solide-se-dissout-dans-lair-186x300.jpeg" alt width="186" height="300">Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, </em>Darragh McKeon, éd. Belfond.</p>
<p>Résumé <a href="http://www.belfond.fr/livre/litterature-contemporaine/tout-ce-qui-est-solide-se-dissout-dans-l-air-darragh-mckeon">là</a>. Ce roman fait partie de ceux qu’on m’a conseillés sur Twitter quand j’ai réclamé des titres de “choses qu’on ne parvient pas à lâcher”. Et effectivement, même effet sur moi, et émerveillement presque continu de “oh, c’est beau, ces mots-là les uns à côté des autres.” Quelque chose de fort et d’harmonieux malgré le thème dur, Tchernobyl.</p>
<p><em>Evgueni n’a même pas besoin de chercher le morceau qu’il veut. Il le repère tout de suite. Couverture citron vert ornée de la photo d’un homme qui ne peut être que compositeur, oui, un compositeur-né, avec une grosse moustache blanche touffue et une chevelure de femme immaculée, peignée en arrière, un nœud papillon domestiquant son cou épais. Il pose la partition devant lui, ajuste le siège, met le pied droit sur la pédale, ses doigts en position, puis il appuie, les vibrations s’élèvent du coffre de bois, se glissent jusqu’à ses oreilles, imprègnent son corps, et il sait qu’il est enfin prêt, il est l’égal de la musique à présent, il ne ploiera plus sous son poids.</em></p>
<p><em>Il laisse la nuit précédente s’écouler librement à travers les notes, le Nocturne en do majeur, les touches contiennent tous les tons qu’il souhaite peindre, toute la richesse de la ville : les cadres des fenêtres, les enseignes assombries, le faux cuir des sièges dans les voitures abandonnées, sous le choc, sur la chaussée. Il joue les gouttes qui coulent des tuyaux fendus pour s’écraser à terre. Il joue la poudre à laver sortie des paquets de lessive qui s’égaille dans l’air en granulés bleus et blancs. Il joue les cartes de la partie de poker, l’intensité dans les yeux des pillards. Il joue la gentillesse et les menaces de Iakov. Evgueni regarde au-delà des notes, de la mesure, de la tonalité, et il comprend que ces notations sont simplement un cadre dans lequel il peut poser sa compréhension du monde.</em></p>
<p>*</p>
<p><em><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft wp-image-489 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2017/02/La-mer-le-matin-183x300.jpeg" width="183" height="300"></em></p>
<p><em>La mer, le matin</em><em>, </em>Margaret Mazzantini, 10/18.</p>
<p>Résumé <a href="https://www.10-18.fr/livres/litterature-etrangere/la_mer-_le_matin-9782264061775/">là</a>. Peut-être trop court (une centaine de pages) pour vraiment avoir le temps de m’y plonger. J’avais lu il y a longtemps d’autres livres d’elle dont j’étais sortie bouleversée. Ici, j’accroche moins même si le thème — <em>les migrations </em>- me parle. La langue reste belle.</p>
<p><em>Son père disait qu’Angelina était restée une exilée. Quelqu’un qui attend de rentrer. Et que même son mariage avait été un passage obligé.</em></p>
<p><em>Son père a été confectionné par un tailleur sur le modèle de ses robes d’avocat : il s’esquive toujours derrière un flot de paroles qui submergent la vie, qui la diluent jusqu’à l’émousser. Sa mère est tout le contraire, elle ne peut qu’être elle-même. Elle ne porte pas de vêtements élégants, elle ne porte même pas de soutien-gorge. Vito comprend maintenant pourquoi sn père a divorcé. Quelquefois, lui aussi, il a l’impression d’être pris au piège. Angelina est capable de rester silencieuse pendant des journées entière. Elle ne lui fait pas de reproches. Simplement elle se met à vivre en silence, comme Gandhi. Elle lui laisse des petits billets. Elle est née pour être célibataire. Une alpiniste solitaire.</em></p>
<p><em>Une fois, sur l’un de ses billets, il y avait écrit : briser le mur des émotions. C’était un message pour lui ou pour elle-même. Vito l’avait froissé, en avait fait une boule, comme de tous les autres.</em></p>
<p>*</p>
<p>J’aime bien tisser des liens entre ces textes, voir les sujets politiques qui y affleurent, me demander comment ces extraits et d’autres soigneusement recopiés se glisseront dans des ateliers, ou non, demain ou dans des années.</p>
<p>Et vous, de belles découvertes littéraires qui pourraient vous, nous inspirer ?</p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>entre les pages : T. Greenwood, Lola Lafon et Laurent Mauvignier</title>
		<link>https://ameliecharcosset.com/entre-les-pages-t-greenwood-lola-lafon-et-laurent-mauvignier/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Sep 2016 15:35:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.ameliecharcosset.com/?p=404</guid>

					<description><![CDATA[<p>Trois romans, extraits.</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/entre-les-pages-t-greenwood-lola-lafon-et-laurent-mauvignier/">entre les pages : T. Greenwood, Lola Lafon et Laurent Mauvignier</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Mes lectures du moment pourraient constituer&nbsp;un <a href="http://www.ameliecharcosset.com/poeme-de-titres-02/">poème de titres</a> à elles toutes seules…</p>
<p><em>Mémoire d’elles</em><br>
<em>De ça je me console</em><br>
<em>Continuer</em></p>
<p>… ce qui est en soi une bonne raison pour que je vous parle de ces trois livres ensemble :</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-405 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2016/09/1411-memoires_org-189x300.jpg" alt="Mémoire d'elles" width="189" height="300"></p>
<p>On me l’a mis dans les mains et j’ai donc lu <em>Mémoire d’elles</em>, de T. Greenwood : un long roman sur une histoire d’amour entre deux femmes coincées dans leurs couples respectifs entre maris alcooliques et enfants, dans les années 60 aux Etats-Unis, à une époque où il était difficile d’assumer des amours plurielles et homosexuelles (loin de moi l’idée de dire que c’est facile maintenant, mais ça l’est sans doute plus, disons). Intéressant pour le contexte, mais j’ai trouvé que c’était long (570 pages, quand même), que les personnages n’étaient pas assez différents les uns des autres, et que l’écriture frôlait un peu trop le cliché parfois.</p>
<blockquote><p>J’ai appris ceci : la mémoire est comme l’eau. Elle s’infiltre et inonde. Elle apaise, étanche la soif. Elle peut vous faire flotter ou vous aspirer dans ses tréfonds, vous rendre léger comme une plume ou vous noyer. Elle est tangible, mais fuyante. Ainsi sont mes souvenirs d’Eva : rêves liquides d’un passé aussi insaisissable qu’un morceau d’océan. Certains jours, ils me maintiennent à flot. A d’autres moments, leur courant redoutable menace de m’emporter. La mémoire. L’eau. Nos corps en sont faits ; elles nous fondent. Dorénavant, je ne suis plus dissociable de mes souvenirs. Dans mes meilleurs jours, dans mes pires jours, j’ai l’impression de m’être dissoute en eux.</p>
<p><em>Mémoire d’elles,&nbsp;</em>T. Greenwood</p></blockquote>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-407 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2016/09/Lafon-De-ça-je-me-console-186x300.jpg" alt="De ça je me console" width="186" height="300"></p>
<p>Un coup de coeur par contre pour <em>De ça je me console</em> de Lola Lafon, attrapé pendant ma vadrouille d’été chez <a href="http://lapiazeevive.blogspot.com">Mam</a>&nbsp;(décidément !). Je m’absorbe dans sa langue, dans les phrases à la syntaxe qui bascule un peu, dans ses images. Aussi une histoire de deux filles, dont l’une disparaît de la circulation du jour au lendemain. L’autre la cherche, écrit dans des carnets, et essaie de comprendre le monde dans lequel elle vit, avec les Presque Morts qui vivent aussi mais pas tout à fait.</p>
<blockquote><p>Voilà.<br>
A l’automne qui a suivi ton départ, je n’ai plus pu me convaincre. C’est comme si d’un coup, j’avais été fatiguée de me mentir et aussi de me croire par moments. Croire que tu allais réapparaître, croire qu’il fallait attendre pour comprendre. Croire que le temps contenait des ingrédients mystérieux qui entoureraient les douleurs d’un édredon.<br>
Croire qu’il y avait une fin, comme un cercle avec explications comprises à l’intérieur. Croire que je me faufilerais à travers les Presque Morts.<br>
Je continuais à lire, je lisais pour vivre et je notais, comme quand on était toutes les deux à Paris, les phrases de ceux et celles qui formalisaient ce que je ressentais.</p>
<p><em>De ça je me console,&nbsp;</em>Lola Lafon</p></blockquote>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-406" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2016/09/CVT_Continuer_4276.jpg" alt="Continuer" width="250" height="343"></p>
<p>Et puis j’ai dévoré le dernier Mauvignier, un de mes auteurs préférés. Et quand j’ai découvert que son roman, <em>Continuer</em>, se passait au Kirghizstan, je n’ai pas hésité une seconde et je suis passée à la librairie (où la libraire a sorti ma carte de fidélité sans me demander mon nom, ce qui m’a rendue bêtement très fière ;)). On quitte les relations amoureuses pour une relation filiale : difficile lien entre une mère et son fils adolescent, et elle qui décide de partir avec lui plusieurs semaines à cheval en Asie centrale pour retrouver le fil.<br>
J’ai cherché et attendu que l’écriture de Mauvignier vienne me prendre aux tripes “comme avant” et ce n’est venu qu’à de rares moments… Et une façon naïve et qui m’a fait l’effet d’un cheveu sur la soupe de traiter des thématiques sociales.<br>
Malgré tout, je l’ai lu vite, il m’a touchée à plein d’endroits, et j’ai eu mille bouffées de nostalgie de <a href="http://lesmainsdanslespoches.tumblr.com">ma vie d’antan au Kirghizstan</a>.</p>
<blockquote><p>Elle avait hoché la tête, avait plongé les yeux dans sa tasse. Elle avait voulu présenter ses excuses, les mots lui avaient brûlé la bouche, mais aucun n’avait franchi ses lèvres. Elle avait imaginé qu’elle pourrait demander qu’il patiente, qu’il lui laisse une chance, et puis au fond d’elle quelque chose ne s’excusait pas, au contraire, quelque chose pensait qu’elle n’avait pas à s’excuser. Oui, c’est vrai, elle avait été imprudente, elle aurait pu causer la disparition des chevaux, de leurs affaires, peut-être même la mort de l’un d’eux.&nbsp;Et même si elle se sentait fautive parce qu’elle les avait emmenés sur une mauvaise route, elle se disait aussi que lui non plus n’avait rien fait pour l’en empêcher, qu’il pourrait aussi se décider à prendre les choses en main s’il estimait qu’elle en était incapable ; il pouvait arrêter de geindre et se mettre à agir, c’est tout ce qu’elle voulait, tout ce qu’elle attendait de lui, tout ce qui avait motivé ce voyage, qu’il réagisse, qu’il reprenne contact avec la vie. Alors, il en avait l’occasion, il lui suffisait de prendre la carte, de tracer un chemin à travers le pays, de proposer des routes, de choisir des itinéraires, et c’est pourquoi elle pensait qu’elle n’avait pas à s’excuser, pourquoi elle voulait qu’il comprenne ce qui venait de se passer, si elle en était en partie responsable, il ne l’était pas moins, lui, à cause de sa passivité, et qu’on est aussi responsable de se laisser entraîner dans une impasse que de s’y embarquer soi-même.</p>
<p>Continuer, Laurent Mauvignier</p></blockquote>
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		<title>entre les pages : l’amittérature, Jeanne Benameur &#038; Loïc Demey</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amélie]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Aug 2016 21:51:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les livres, c'est un moyen de me lier aux gens, de faire des ponts, de tendre des fils. Mes lectures me viennent souvent de personnes aimées, et moi en retour, j'aime vider ma bibliothèque et la faire voyager chez celleux qui sauront l'apprécier : les livres et les proches, l'amittérature.</p>
<p>L’article <a href="https://ameliecharcosset.com/entre-les-pages-lamitterature-jeanne-benameur-loic-demey/">entre les pages : l’amittérature, Jeanne Benameur &amp; Loïc Demey</a> est apparu en premier sur <a href="https://ameliecharcosset.com">Amélie Charcosset</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La première fois que j’ai entendu parler de Jeanne Benameur, c’était par un prof d’EPS au lycée, un prof qui m’a appris à jongler entre midi et deux les jeudis. J’aimais son calme et la douceur de sa voix. En jonglage, il m’avait appris une figure qu’il n’arrivait pas à réaliser lui-même, et ça aussi, j’avais aimé. L’idée m’impressionnait : enseigner quelque chose qui nous dépasse. Un jour, il a parlé des <em>Demeurées</em>, que j’ai lu peu de temps après.</p>
<p>Plus tard, à la fac, c’est <a href="http://lapiazeevive.blogspot.com">Mam</a> qui m’a reparlé de Jeanne Benameur, et un jour, elle m’a offert <em>Présent ?</em>, récit tendre et dur de la vie d’un collège de banlieue, solitudes de chacun.e mises les unes à côté des autres. Elle avait écrit un mot sur la première page, “parce que si je deviens prof, je ferai des ateliers d’écriture”. Aujourd’hui, Mam est prof, et elle fait des ateliers d’écriture, ça m’a fait sourire de retomber sur ces mots-là.</p>
<p>Plus tard encore, j’ai lu <em>Les insurrections singulières</em>, qui parle de l’usine et de l’ailleurs, du fait de partir, c’était au moment de mes expatriations multiples, ça m’a touchée, j’en ai recopié de longs extraits, je l’ai prêté, je ne sais plus à qui, je l’ai perdu.</p>
<p>Après j’ai lu plein d’autres choses d’elle, et j’aime qu’il y en ait tellement que je n’en suis pas encore au bout. En atelier, j’ai souvent sur ma table au moins un livre de Benameur, des extraits de <em>Profanes</em>, de <em>Pas assez pour faire une femme</em>, ou de ses poèmes.</p>
<p>Il y a quelques mois, un soir, je suis rentrée chez moi, j’avais un paquet qui venait de La Rochelle, et à l’intérieur <em>Les insurrections singulières</em>. Cette fois, il était dédicacé, par Jeanne Benameur elle-même, et la douce amie qui m’offrait ce cadeau me disait, “je ne sais pas si tu connais, mais quand j’ai vu ce livre, j’ai pensé à toi et <a href="http://www.ameliecharcosset.com/portfolio/memoires-ouvrieres/">au projet d’atelier avec les ouvriers</a> dont tu nous as parlé.” Evidemment je connaissais, donc, mais avec les ouvriers, je n’avais pas pu l’utiliser car j’avais perdu mon exemplaire.</p>
<p>Quelques mois plus tard, une amie instit à 800km de chez moi me disait qu’elle n’arrivait à lire que de la littérature jeunesse, que la littérature adulte à ce moment-là lui paraissait toujours trop ampoulée. La fois suivante où je l’ai vue, je suis passée à la librairie, je lui ai offert un livre de Benameur, mais je ne sais plus lequel. Je sais juste qu’elle a adoré, et que la fois d’après, j’ai pioché <em>Présent ?</em> dans ma bibliothèque pour le lui prêter.</p>
<p>Elle me l’a rendu il y a quelques semaines, alors qu’on était en vadrouille ensemble, et que je m’apprêtais à l’embarquer chez Mam et que je me réjouissais de leur rencontre. Et c’était drôle, qu’elle me rende ce livre-ci que m’avait offert des années plus tôt cette amie-là, et que les liens se tissent avant même que les gens ne se croisent.</p>
<p>Je raconte tout ça (en laissant plein d’autres épisodes encore de côté) parce que je me rends compte qu’en fait, <strong>les livres, c’est aussi un moyen supplémentaire de me lier aux gens, de faire des ponts, de tendre des fils.</strong> Que mes lectures me viennent souvent de personnes aimées, et que moi en retour, j’aime vider ma bibliothèque et la faire voyager chez celleux qui sauront l’apprécier. Que les bouquins sont d’excellents puits à coïncidences, et qu’il serait dommage de s’en priver. Au fond, les livres que je lis sont si liés aux gens, qu’il m’est difficile de parler des premiers sans évoquer les seconds. Et que ce n’est peut-être pas si grave, parce que pour moi, il ne s’agit que de ça, la vie : les livres et les proches, <strong>l’amittérature</strong>.</p>
<p>Bref, je me suis donc retrouvée cet été avec <em>Présent ?</em> dans ma sacoche, et rien d’autre à lire, et je l’ai donc relu, avec plaisir. J’y ai retrouvé ce passage sur la documentaliste qui anime des ateliers d’écriture, et j’aime sa justesse. C’est l’extrait que je vous partage.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-373 size-full" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2016/08/Capture-d’écran-2016-08-14-à-23.38.10.png" alt="Présent ?" width="200" height="340"></p>
<blockquote><p>Au milieu des livres, l’élève que rien ne préparait à être là écoute. Mlle Pascalet parle.<br>
L’orthographe, on ne s’en préoccupe pas tout de suite. D’abord on part chercher ce qu’on a à écrire. On ne s’inquiète pas de la correction de la langue maintenant. On s’aventure. On part en explorateur. Comme les chercheurs d’or, on ose aller creuser dans la boue. Il ne faut pas hésiter à se salir les mains quand on veut écrire. Allez. Du courage et de la rigueur. D’abord avec soi. On essaie d’écrire ce qu’on a vraiment à écrire. Et à sa façon. Comme on le sent. On peut tout se permettre, de toute façon on retravaillera. Pour aller encore au plus près de ce qu’on est, avec les mots. Elle dit : “Avec les mots on devient.”<br>
Avec les mots, on devient… D. ne comprend pas ce que cela veut dire mais ça lui plaît.<br>
Il n’a jamais entendu affirmer qu’il ne fallait pas s’occuper de l’orthographe. Et s’il y a des fautes dans ce qu’ils écrivent ?<br>
Mlle Pascalet leur assure maintenant qu’ils connaissent bien plus de mots qu’ils ne le pensent parce que des mots, ils en entendent, ils en lisent partout et que, même s’ils ne les utilisent pas, les mots font empreinte.<br>
Elle parle drôlement. Il vient de s’imaginer des mots au bout de l’index, pressés au bas d’un papier officiel, les empreintes comme dans les films… “les mots font empreinte”…</p></blockquote>
<p>L’extrait résume bien le cadre que j’essaie de poser à chaque atelier, le filet de sécurité dans lequel on peut sans crainte se laisser tomber. Ca me donne presque envie de le lire en début de séance, c’est si bien formulé 🙂</p>
<p>Après <em>Présent ?</em>, je suis rentrée à la maison, et j’ai lu un soir Loïc Demey, qui, comme l’encourage la documentaliste écrit “ce qu’on a vraiment à écrire. Et à sa façon”. <em>Je, d’un accident ou d’amour</em>, courte nouvelle ou long poème au titre intriguant et aux superbes éditions Cheyne, est aussi un cadeau qui me vient de <a href="http://www.empreintedemots.fr">La Rochelle</a> (quelle chance !). C’est un texte qui vient faire vaciller le langage, qui vient chambouler notre façon de dire. Les verbes en sont absents et c’est le.la lecteur.trice qui reconstruit le sens des mots en énigme. Une histoire d’amour comme on en a lu cent, mais une langue qui interroge : comment dire les sentiments quand ils nous chavirent ? Quel espace de manoeuvre pour réinventer les mots ? Un texte qui s’échappe et bouscule.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-372 size-medium" src="http://www.ameliecharcosset.com/wp-content/uploads/2016/08/couv31185135-196x300.jpg" alt="Je, d'un accident ou d'amour" width="196" height="300"></p>
<blockquote><p>Je l’au-revoir du quai, elle me cadeau d’un baiser avant disparition. Je larmes et m’injuste, je me rage, je me seul en voiture. Je me ville, je me boulevard périphérique, je sanglots de plus grand et m’aveuglement avec peine et courroucé. Je me vitesse et perte de contrôle.<br>
Je dérapage. Un arbre. Ma tête se coup dans le volant. Je m’inconscient puis m’ouverture un oeil. Rétroviseur. Rien de gravité ou presque rien.<br>
Depuis ma pensée se confusion et mon langage se désordre. En cause d’Adèle ? A raison du choc. J’ignorance l’exact comment du pourquoi. Je me perdition des mots, je m’égarement des phrases. Mes idées en déréglage et expression d’incohésion.<br>
Je, d’un accident ou d’amour.</p></blockquote>
<p><em>Présent ?</em>, Jeanne Benameur, éd. Folio.<br>
<em>Je, d’un accident ou d’amour,</em> Loïc Demey, éd. Cheyne.</p>
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