C’est une discussion que j’ai très souvent en atelier d’écriture ou en accompagnement de projet : beaucoup de personnes sont convaincues qu’il faut avoir de l’imagination pour écrire. Pourtant, une grosse partie de la littérature prend pied dans le réel : des souvenirs, des fragments de vie, des scènes observées, des émotions traversées.
Mais comment fait-on pour ne pas rester “collé·es” à ces matériaux ? Où se situe la frontière entre vérité et invention ? Comment écrire à partir du réel et le transformer ?
L’an dernier, j’ai assisté à une lecture de Hollie McNish, une autrice écossaise que j’ai découverte il y a quelques mois. Son bouquin Je souhaite seulement que tu fasses quelque chose de toi m’a scotchée (et fait rire et pleurer, alors ok elle avait un peu d’espace pour le faire (600 pages), MAIS, quand même, c’est pas si fréquent). Elle y aborde, en prose et en poésie, des sujets comme la féminité, la sexualité, les injonctions sociétales, la maternité. Oui, elle y livre beaucoup d’elle.
✍️ Qui écrit ici ?
Je suis Amélie Charcosset, autrice et animatrice d’ateliers d’écriture à Lausanne. Depuis plus de dix ans, j’accompagne des personnes qui souhaitent écrire, explorer leur créativité ou avancer dans un projet de texte.
J’anime des ateliers d’écriture, des stages et des accompagnements à l’écriture, pour celles et ceux qui ont envie de trouver leur voix et de faire une place à l’écriture dans leur vie.
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“Quand je retravaille, je mens”
À la fin de la lecture, quelqu’un lui a demandé si elle pensait aux autres quand elle écrivait. Elle a répondu :
« Pas quand j’écris, mais quand je retravaille, oui. Et quand je retravaille, je mens. Oh, pas beaucoup, mais je mens. »
Et puis elle a donné un exemple.
Dans un de ses textes, elle raconte comment, pendant la pandémie de Covid-19, elle a assisté aux funérailles de sa grand-mère sur Zoom. Elle décrit les émotions que ça l’a fait traverser, et toutes les questions que ça lui a posé. Où est-ce qu’elle était censée s’asseoir chez elle ? Dans quelle pièce ? Comment fallait-il qu’elle s’habille ?
Elle a décidé de rester en pantalon de survêtement et de porter un pull que sa grand-mère aimait.
Le poème dit :
your favourite colour’s yellow
not black.
(ta couleur préférée est le jaune
pas le noir)
Elle nous a dit :
« Non, ça c’est faux. Ce n’est pas sa couleur préférée. Lire autre chose n’aurait absolument rien changé à votre vie, et pourtant j’ai menti sur ça. Oui, je peux écrire sans problème des poèmes sur la masturbation, mais vraiment, l’idée que vous sachiez la couleur préférée de ma grand-mère, non, that feels too personal. »
Transformer le réel en fiction
Ça m’a touchée.
Quelles limites se pose-t-on dans l’écriture ? Comment modifie-t-on la réalité pour qu’elle soit au bon endroit pour soi ?
Beaucoup de textes naissent du réel, mais ils passent presque toujours par des transformations : on déplace un détail, on mélange plusieurs souvenirs, on change un élément qui semble anodin mais qui nous protège.
Et toi, dans quelle mesure, quand tu crées, tu transformes la réalité ?
Écrire à partir du réel dans un stage à Lausanne
Dans le stage d’écriture De l’intime à l’inventé que je propose les 9 et 10 mai prochains, on explorera justement comment écrire à partir de ce qui nous arrive, et comment transformer ce matériau pour l’emmener ailleurs, sous d’autres yeux.
Pendant deux jours, nous expérimenterons différentes façons d’écrire à partir du réel — souvenirs, fragments de vie, observations — et comment les déformer, les déplacer ou les agrandir pour qu’ils deviennent fiction.
Ce stage a lieu à Lausanne, en centre-ville, dans les locaux d’E comme écriture. Il n’y a pas de pré-requis. Si tu as toi aussi envie d’écrire à partir du réel et d’explorer des possibles dans les mots, bienvenue 🙂

