questions sur des papiers à se poser avant relecture de manuscrit

Relecture de manuscrit : comment demander et faire des retours efficaces ?

Avr 26, 2023 | Outils d'écriture, Quotidien d'autrice | 4 commentaires

« Tu serais d’accord de relire mon texte s’il te plaît… et de me dire ce que tu en penses ? » Vous a‑t-on déjà adressé cette phrase ? Et avez-vous trouvé ça facile d’y répondre ? À bien dire « ce que vous en pensiez » justement ? Peut-être que vous avez vous-même demandé à quelqu’un une relecture de manuscrit, en lui tendant un paquet de feuilles ou en glissant en pièce jointe la dernière version de votre texte. Le feedback que vous avez obtenu vous a‑t-il été utile ?

Récemment, j’ai confié la relecture d’une partie de mon roman en cours d’écriture à une amie. Je me suis rendu compte que ma façon de demander des retours sur un manuscrit avait beaucoup évolué au fil des années. J’ai donc eu envie de partager ça avec vous. Quels sont les points auxquels je veille quand je cherche un avis sur un texte, ou quand j’en donne un ?

Ma ligne conductrice : demander et effectuer une relecture attentive d’un livre en construction, que ce soit sur le fond ou sur la forme, ça implique du temps et de l’énergie, des deux côtés. Faisons donc en sorte que ce soit le plus pertinent possible… pour tout le monde !

À quoi ça sert de faire relire son texte ?

Vous avez passé beaucoup de temps sur un texte. Il n’y avait au début qu’une idée, une petite graine, semée en atelier d’écriture peut-être. Juste des bribes. Et au fur et à mesure, session de travail après session de travail, vous voilà avec une nouvelle, voire un recueil, ou encore un conte ou des mémoires. Quel chemin ! Bravo déjà 🙂

Quand on est plongé·e depuis longtemps dans un chapitre, un scénario, un projet quel qu’il soit, il devient difficile, à force, de savoir où on en est et comment on s’appelle. Tout nous paraît vu, revu, dit, redit, pas original : normal, on l’a soi-même lu et relu 36(0) fois.

Si vous vous sentez dans une impasse avec votre texte sans pouvoir identifier ce qui cloche… Ou bien si vous n’êtes pas sûr·e que ce projet en vaille la peine… Est-ce que finalement, ce ne serait pas mieux de faire pousser des tomates-cerises ? (Spoiler : écrire et jardiner ne sont pas des activités incompatibles.) Ou encore si vous avez terminé votre tapuscrit… Vous en êtes satisfait·e et vous souhaitez l’envoyer à des maisons d’édition pour le faire publier. Ce sont de bons moments pour demander une relecture de votre texte (ou d’une partie de celui-ci) !

Car un avis extérieur va pouvoir, par exemple, et en fonction de vos objectifs :

  • poser sur le texte un regard neuf ;
  • vous donner de la clarté sur les questions que vous vous posiez ;
  • exprimer les émotions ressenties au fil de la lecture ;
  • partager avec vous des questions auxquelles vous n’aviez peut-être pas pensé (car ce qui vous semble évident ne l’est pas forcément pour votre bêta-lectrice ou bêta-lecteur) ;
  • gommer les fautes d’orthographe qui avaient fini par ne plus vous sauter aux yeux ;
  • etc.

Tout cela va évidemment dépendre de votre situation.

À qui faire relire son texte en cours ?

Pour trouver à qui faire relire votre texte, voici trois pistes à creuser :

Demander des retours à des proches

On lit souvent de demander à ses ami·e·s ou sa famille, mais il peut être difficile de trouver des gens qui vont accepter de vous faire de vraies critiques 🤓… De mon côté, « mes proches », ce sont surtout « mes pairs » : la petite communauté de personnes amies qui écrivent autour de moi. Les ateliers d’écriture sont d’excellents viviers de rencontres de partenaires d’écriture évidemment !

S’adresser à des amatrices et amateurs de bêta-lecture 

Les passionnés de bêta-lecture sont nombreux, et vous pouvez aisément trouver des personnes motivées pour relire votre texte. Pour cela, rendez-vous par exemple sur des forums ou des groupes Facebook. Vous pouvez par exemple jeter un œil à celui d’Auteurs qui cherchent avis, chronique ou beta-lecture. Sans aller jusqu’à demander une lettre de motivation complète à vos futurs relecteurs, renseignez-vous quand même sur leurs habitudes de lecture pour maximiser vos chances d’obtenir une relecture critique et constructive.

Faire appel à des professionnels pour faire relire son texte

Il existe aussi bien sûr l’option des professionnel·le·s de l’écriture. Une éditrice indépendante ou un rédacteur freelance, par exemple, peuvent proposer différents services. Vous pouvez trouver des relectures approfondies qui prennent en compte le fond (intrigue, personnages, structure…) et la forme (syntaxe, ponctuation, conjugaison…). Ou bien des travaux de correction plus spécifiques, sur les manuscrits terminés. Concernant cette dernière offre, c’est pour moi une étape essentielle mais qui a lieu plutôt à la fin du travail. En effet, corriger les coquilles, traquer les dernières fautes de frappe, les espaces insécables et autres délices typographiques, reprendre la mise en page… Tout ça n’a de sens, à mon avis, que si on est bien sûr que toutes les scènes qu’on va modifier vont rester là et faire partie du manuscrit final. Encore cette idée d’économiser temps, énergie et ressources !

Les bonnes pratiques que je partage ici correspondent plutôt à une relecture auprès de pairs ou de bêta-lecteur·rice·s. C’est aussi parce que je trouve que lire les textes d’autres écrivantes et écrivants peut être extrêmement apprenant pour sa propre écriture à soi : si l’on peut faire d’une pierre deux coups… n’hésitons pas !

animatrice d ateliers d ecriture relit un manuscrit avec concentration
Les sourcils froncés, c’est cadeau, c’est pour la concentration que ça demande, de relire un texte et de faire des retours pertinents dessus !

Préparer sa relecture de manuscrit

Vous avez trouvé la personne idéale à qui faire relire votre texte… Parfait ! Et ensuite ?

Quand je m’apprête à demander une relecture, j’ai toujours « l’anecdote du tournoi de golf » qui me revient et que je tiens d’un stage de Communication NonViolente.

— L’anecdote du tournoi de golf ?? Ouhla, on l’a perdue, là…

— Nan, restez un peu, promis, ça a un lien même si pour l’instant, ça vous semble brouillon. Tenez :

Une mère au foyer, complètement sous l’eau et au bord du burn-out maternel avec ses enfants en bas âge et la gestion de la maison, demande à son mari, qui rentre tard du travail chaque soir :

— Tu ne pourrais pas travailler moins ?

La semaine suivante, le mari en rentrant, rassure sa femme :

— Chérie, tu vas être contente, je me suis inscrit à un tournoi de golf ce week-end !

Le rapport avec le fait de faire relire son texte ? Il est hyper important de demander ce dont on a vraiment besoin pour ne pas risquer de se retrouver avec des retours qui, au mieux, ne vont pas être utiles, et au pire, vont nous éloigner du projet.

Or, demander des retours sur son manuscrit, ça peut être intimidant et rendre très vulnérable. Et faire des retours… ben c’est du travail. Faire ce travail préliminaire de cadrer le retour, c’est, à mon avis, prendre soin de la relation avec nos bêta-lecteurs et bêta-lectrices et des ressources de tout le monde.

Ça évite aussi, plus tard, d’avoir des avis sur des choses que vous ne comptiez absolument pas modifier, mais en même temps, vous aimez bien faire plaisir, et puis quand même, ça lui a pris du temps à votre relecteur, et sa relecture a été tellement attentive… alors peut-être que vous devriez considérer sa proposition ? Hmm. 😭

Interrogez-vous sur vos besoins

Vérifiez avec vous-même vos envies du moment par rapport à votre texte. On n’est pas au même endroit sur le chemin quand on est dans un premier jet ou dans une énième version de retravail : on n’a pas envie ni besoin des mêmes choses.

Les questions à vous poser

  • Qu’est-ce qui viendrait me soutenir à l’instant T ? (Parce que le but n°1 d’une relecture, a priori, c’est quand même ça : de vous soutenir d’une manière ou d’une autre, pas de vous enfoncer.) (Ça peut même être de vous soutenir dans la décision d’abandonner un projet pour laisser de la place à un autre, mais c’est un autre sujet.)
  • Comment ça pourrait se traduire ?
  • Des idées de ce qu’il se passe après ?
  • Une correction orthographique, des suggestions syntaxiques, un focus sur la concordance des temps ?
  • De vous rendre compte des émotions que ça procure aux lecteurs et lectrices ?
  • De savoir précisément quels passages fonctionnent moins bien ?
  • Une mise en avant des incohérences de votre texte ?
  • De voir les répétitions et les maladresses grammaticales et d’avoir des propositions de reformulations ?
  • D’être encouragé·e pour mener à bien ce projet d’écriture ?

Savoir s’écouter

Il n’y a pas de demande moins valable qu’un autre, chacune est tout à fait légitime. Et j’ai envie d’insister sur une chose qui me paraît capitale : ce n’est pas parce que vous êtes à un moment où vous avez besoin de reconnaissance et de confiance que vous n’êtes qu’une sombre nouille incapable d’écrire un livre  seul·e et qui du coup mérite d’être destitué·e de sa légitimité d’auteur ou d’autrice. Non. Des fois, on a simplement besoin de réconfort pour pouvoir avancer et c’est ok.

L’enjeu, ça va être de trouver ce qui est juste pour vous par rapport à là où vous en êtes, pour pouvoir formuler ça au mieux.

Et oui, demander une relecture, c’est déjà un exercice d’écriture en soi ! 🤯

Formulez des questions pour faire relire son texte de manière constructive

Maintenant que vous êtes au clair sur vos besoins, formulez les questions auxquelles vous aimeriez avoir une réponse dans cette relecture de manuscrit.

Par exemple :

  • Qu’est-ce que ce passage provoque chez vous ?
  • Qu’est-ce que vous imaginez de la suite ?
  • Qu’est-ce que vous comprenez des intentions du personnage ?
  • Quelles émotions avez-vous ressenties au fil de la lecture et à quels moments ?

Évitez les questions fermées

Vous savez, ces fameuses questions qui commencent par “Est-ce que…” ? En effet, “Est-ce que vous comprenez les intentions du personnage ?” risque d’obtenir un… “oui”. Sauf que vous ne saurez pas si la personne qui vous a lu a saisi, ou non, les intentions que vous, vous aviez voulu donner à votre Edmond ou à votre Géraldine.

Évitez les formulations négatives

“Vous ne trouvez pas que ça manque de… ?”. C’est un peu comme dire avant de lire son texte en atelier d’écriture « ah mais moi j’ai pas du tout fini » : on met la personne dans une posture d’écoute particulière, on influence déjà son ressenti. Le but de la relecture de manuscrit, c’est justement de permettre à votre lecteur ou lectrice de se forger son propre avis.

Vérifiez l’orthographe de votre manuscrit

Faites un dernier passage au correcteur orthographique de votre logiciel d’écriture (Word, Scrivener, Scribbook… ils ont tous l’option ! Et si vous avez le logiciel Antidote, c’est encore mieux !). Ça ne mange pas de pain, et même si vous avez une super orthographe, il y a toujours des choses qui passent à la trappe et qu’on ne voit plus. Ça fluidifiera la lecture de vos bêta-lecteurs et ça ne fera pas de mal à votre crédibilité.

Spoilez un peu votre lecteur correcteur si nécessaire

Indiquez si le texte porte sur des thématiques qui peuvent être violentes, ou comporte des passages crus ou explicites, pour que la personne en face puisse choisir (le moment) de lire en connaissance de cause. Ce sont les fameux « TW », « trigger warning », et ça aussi, de mon point de vue, ça contribue à prendre soin de la relation.

Prenez en compte la subjectivité de votre relecteur ou relectrice

Souvenez-vous que les retours que vous allez recevoir sur votre manuscrit sont très subjectifs. Une expression qui sort une personne d’un texte peut être un coup de cœur pour une autre. Une scène qui paraît limpide à quelqu’un peut paraître saugrenue à quelqu’un d’autre. Après, si cinq personnes vous disent qu’il y a un souci à tel endroit, ça peut valoir le coup de se pencher sur le passage en question ! 

Attention à ne pas demander trop de retours non plus. Vous risquez de ne plus savoir où donner de la tête et de vous sentir perdu·e dans les propositions qui vous seront faites. Et quand on ne sait plus soi-même quel cap on veut donner à son texte… c’est la panique ! 

Je vous recommande de prendre en compte la relecture de 3 à 5 personnes.

Donnez une échéance pour relire votre texte

Il ne s’agit pas de “mettre la pression” aux personnes qui vous relisent. Plutôt d’avoir de la clarté sur la suite des événements. Parfois, entre la volonté de relire et la vie, la vie gagne ! Et c’est bien si vous pouvez rebondir (petite pensée pour une de mes relectrices qui a accouché le jour où je comptais lui envoyer mon texte ! 😜). L’objectif de l’échéance ? Si, pour une raison ou pour une autre, votre relecteur ou relectrice ne peut finalement pas honorer son engagement, vous ne restez pas dans le flou. Vous pouvez prendre une décision : chercher une autre personne, intégrer les corrections que vous avez déjà reçues… D’une manière ou d’une autre, avancer sans que cela ne vous bloque.

Faites une pause

Vous avez envoyé votre manuscrit pour relecture ? Youpiii, bravo ! La tentation est grande de rester bloqué·e devant votre ordinateur à actualiser sans arrêt votre boîte mail. Mais… c’est le moment de faire une pause ! Pause d’écriture générale ou pause du texte en question en basculant sur un autre, c’est comme vous voulez ! Mais profitez de ce moment pour lâcher la grappe à vos personnages. Changer d’air. Regarder les arbres. Danser n’importe comment. Bouquiner des BD. Faire un gâteau à la cannelle. Bref, prenez des vacances de votre projet. Ça vous rafraîchira les idées, et ça remettra du mouvement dans vos lignes quand vous y reviendrez.

Relire le texte de quelqu’un d’autre

Hop, par la magie d’un titre de paragraphe sur un blog, vous avez changé de casquette ! Vous voilà avec le texte de quelqu’un qui vous fait confiance et vous a demandé de le ou de la relire. Et vous avez accepté (pauvre fou) !

Voici quelques conseils et suggestions pour que votre relecture complète du manuscrit soit la plus pertinente et efficace possible.

Écoutez la/les questions de l’auteur ou autrice

A priori, vous avez reçu des questions de l’auteur ou autrice au sujet de son texte. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez lui envoyer le lien de cet article-ci 🙃. La première règle, c’est d’écouter/lire attentivement les dites questions !

Se voir corriger des coquilles d’orthographe quand on a l’impression que son projet ne vaut pas le coup et qu’on est sur le point d’abandonner, ce n’est pas le plus aidant (par exemple). C’est du bon sens, mais l’expérience m’invite à le préciser quand même ! 🙂

questions sur des papiers à se poser avant relecture de manuscrit

Utilisez les outils de révision de votre traitement de texte

Côté technique, en ce qui me concerne, j’aime beaucoup utiliser les fonctionnalités “Suivi des modifications” et “commentaires” dans Word lorsque je relis quelqu’un d’autre : le suivi des modifications quand je suis certaine de la modif (je corrige une coquille d’orthographe par exemple) (l’autrice ou l’auteur n’a ensuite plus qu’à accepter / refuser et ça s’intègre directement au texte), et les commentaires quand il s’agit d’une suggestion ou d’une question, d’un <3 ou autre (oui, je mets souvent des <3).

Si vous ne connaissez pas cette merveilleuse chose qu’est le suivi des modifications (honnêtement, ce truc a révolutionné ma vie pendant mes années fac), voici un petit tuto vidéo qui vous facilitera la tâche.

Ça peut être un tout petit peu déroutant au début, mais on prend vite le coup de main, et ça permet de relire et corriger de façon tellement plus efficiente, que ce soit la grammaire, la typographie, ou tout type de changements dans le texte. J’avoue tout, je milite POUR l’extinction du texte changé de couleur manuellement dans le texte originel… L’idée est que la personne qui va recevoir votre retour puisse voir TOUS vos apports, corrections, suggestions de tournures, facilement ET sans en louper. Toujours cette idée de préserver l’énergie de tout le monde 😛 Et pour ça, le suivi des modifications est imparable.

Dites d’où vous parlez

Une chose que je trouve toujours intéressante à faire, et utile aussi bien pour la personne qu’on relit que pour soi, c’est de se « situer », de donner des éléments pour expliciter « d’où on parle ». Ça peut être d’écrire quelques phrases en amont pour dire par exemple :

  • si j’ai l’habitude ou non de lire ce genre de textes ;
  • si je suis familier ou familière des thématiques abordées (ce n’est pas pareil de relire de la science-fiction quand on n’en a jamais lu ou quand on en lit trois ouvrages par mois) ;
  • en quoi les personnages du texte peuvent faire écho (ou non) en moi ? (expériences similaires…)
  • des auteurs ou autrices que j’ai l’habitude de lire et dont j’aime la langue, l’univers… déjà parce que ça peut faire découvrir de chouettes choses, et aussi parce que ça permet de donner de l’info pertinente sur ses habitudes de lecture.

Il ne s’agit pas de livrer une autobiographie complète, mais plus de sélectionner des éléments judicieux pour que l’autrice ou l’auteur puisse savoir quoi faire de nos retours.

Si vous lisez un livre très technique sur un sujet sur lequel vous ne connaissez pas grand-chose, vos retours sur le contenu ne vont peut-être pas être optimaux. Par contre, si l’autrice ou l’auteur veut vulgariser son propos, ça va être au contraire plus que bienvenu.

Exprimez-vous en “je”

Là aussi, c’est du bon sens, mais… ça va toujours mieux en le disant. Je trouve ça plus facile d’accueillir un « je ne comprends pas ce passage » ou « il me manque quelque chose pour comprendre » qu’un « incompréhensible !!! », et vous ? Ça marche aussi pour les commentaires positifs : de mon côté, je préfère un « j’ai trouvé ça très prenant » à un « on est embarqués dans l’histoire », j’y accorde plus de valeur.

Faites confiance à vos intuitions ET vérifiez dans la forme

J’ai beau avoir fait des études de lettres, je n’ai compris que très tard (= après mes études ; pendant ma formation à l’animation d’ateliers d’écriture) l’imbrication des intuitions/émotions et de la forme. J’ai l’impression qu’en fac de lettres modernes, on était surtout sur la forme, et sur ce que l’auteur·rice avait voulu dire. Je trouve ça plus intéressant et pertinent de lire le texte, d’écouter les émotions que ça fait naître en soi, et d’aller voir ensuite concrètement ce qui provoque cela :

  • un champ lexical particulier ?
  • une tournure de phrase ?
  • l’agencement des paragraphes ?
  • le récit d’un souvenir ?
  • la facilité qu’on a à se représenter la scène grâce à des descriptions hyper vivantes ?
  • le point de vue du personnage ?
  • etc.

Bien sûr, on a aussi le droit de mettre juste “<3” à côté d’un passage (comme je l’ai déjà dit : je plaide coupable 😅). Mais voilà, ça, c’est pour si on a envie de proposer autre chose (et toujours en fonction de ce que l’auteur·rice a demandé !).

Mettez-vous à la place de l’auteur ou autrice

Vous avez terminé votre révision du texte ? Avant d’envoyer votre retour, demandez-vous comment vous recevriez ce retour-là sur votre propre texte (pas tant dans le fond, mais surtout dans la forme). Vous validez ? Alors ok 🙂

Passez en mode « méta » pour améliorer votre propre écriture

Après avoir envoyé votre retour… félicitez-vous d’avoir pris ce temps-là et d’avoir ajouté votre pierre à l’édifice. Merci d’avoir mis du lien et de l’échange dans le travail parfois bien solitaire qu’est l’écriture.

Si vous avez vous-même une pratique d’écriture, passez en mode “méta” et prenez quelques minutes pour regarder ce que ça vous apprend de votre propre écriture, de votre façon de relire vos propres textes. Est-ce qu’il y a un procédé qui vous a plu et que vous aimeriez tester ? Un dialogue que vous trouvez particulièrement réussi, et qui vous donne envie d’aller observer les vôtres de plus près ? Faire des retours, c’est obtenir des informations précieuses pour vous qui écrivez aussi, ne passez pas à côté !

Re-coup de baguette magique, re-passage de l’autre côté de l’écran. Le mail / les notes vocales / les commentaires au fil du manuscrit… que vous attendiez fébrilement sont arrivé·e·s. Vous vous apprêtez à plonger pour les découvrir et pouvoir enfin remettre l’ouvrage sur le métier… Halte là, voici quelques ultimes conseils pour bien recevoir ces retours (même si, à votre place, j’avoue, je me serais déjà précipitée pour les lire parce que je suis beaucoup trop curieuse et impatiente 🙈.)

Recevoir des retours sur son manuscrit

Accueillez les émotions que fait naître la relecture

Prenez le temps de lire les commentaires et annotations apportés. Prenez le temps aussi d’accueillir les émotions agréables ou désagréables que cette relecture approfondie soulève. Il peut y en avoir plusieurs mélangées. On peut sentir que ça touche très juste et se sentir rejoint·e dans ce qu’on a voulu faire ET EN MÊME TEMPS c’est un peu pénible parce qu’on aurait bien aimé ne pas avoir à retravailler 😆 On peut se sentir un peu attaqué·e sur un truc qui ne semble pas fonctionner mais nous vraiment on l’adore ET EN MÊME TEMPS éprouver de la gratitude pour la lectrice ou le lecteur qui nous a offert son temps et a partagé avec nous sa sensibilité. 

La première étape, c’est d’être avec les émotions et de les laisser décanter avant de se replonger dans le texte.

Faites la part des choses dans les corrections proposées

C’est dans un deuxième temps que vous pourrez faire la distinction entre ce qui vous semble juste et que vous avez envie de prendre en compte, et ce qui ne vous semble pas pertinent, ou auquel vous tenez trop en l’état. (Et c’est ok ! De mon côté, je n’ai pas voulu lâcher sur la fin de mon roman Je ne suis pas née ce matin alors que l’éditrice avec qui j’avais discuté n’était pas convaincue, mais cette fin, je l’aime TROP.)

Vous restez l’autrice ou l’auteur de votre texte, c’est vous qui décidez ! En tout cas dans le processus d’écriture… Si plus tard, vous cherchez une maison d’édition pour publier votre projet, la question se posera en d’autres termes. Mais pour l’instant, c’est à vous que tous les choix reviennent 🤗

Prenez soin de votre voix et de votre créativité

Dans le travail de correction comme dans bien d’autres domaines, “le mieux est l’ennemi du bien”. L’enfer pavé de bonnes intentions, vous connaissez ? Déplacer une virgule. Remplacer un mot par un synonyme, puis par un autre, et encore par un autre… avant de revenir au premier. Quand il s’agit d’écriture, on peut apporter des corrections indéfiniment. Et à trop vouloir améliorer la clarté du texte, on prend le risque de le dénaturer. D’enlever ce qui fonctionnait bien. De diluer notre voix qui rendait ce roman si singulier. De perdre ce qui avait plu à nos bêta-lecteurs. Il y a donc un moment où il faut savoir dire “stop”. Par “savoir dire”, j’entends surtout “décider de dire” puisqu’il s’agit pas mal de cela. Une décision. C’est l’auteur argentin Borges qui disait : “Nous publions pour ne pas réécrire éternellement nos brouillons.”. Ça peut être une bonne stratégie !

Si l’expérience de lecture de votre relecteur ou relectrice a été positive, c’est un excellent point auquel vous raccrocher : l’essentiel est là. Parce que, je ne sais pas vous, mais de mon côté, je cherche plus à “avoir une expérience de lecture agréable/prenante” que “lire un champ lexical développé sur le thème de la forêt”. 🌲🌲🌲

Laissez-vous du temps pour replonger dans l’écriture

Dans les commentaires apportés, faites la différence entre : “cette remarque ne sonne pas juste pour moi” et “ce retour sonne juste ET je n’ai aucune idée de comment faire ça”.

Faire les corrections nécessaires n’est pas de tout repos. Parfois, ça prend du temps (beaucoup) d’avoir l’énergie de se replonger dans le projet. De trouver par quel bout démarrer le retravail et comment réécrire le texte. Souvent, cela implique des tests, des essais et des ajustements. Mais quelle joie quand le texte abouti provoque ce qu’on souhaitait provoquer chez celle ou celui qui le lit ! Courage, vous  allez y arriver… 💪

D’ailleurs, regardez votre nombre de mots, de pages, et tout le chemin parcouru : vous y arrivez déjà !!

La relecture de manuscrit, une expérience intense

un oisillon se préparant à quitter le nid comme un texte avant de rejoindre un relecteur pour relecture de manuscrit
Rare image d’un jeune manuscrit un peu frêle rassemblant des forces à domicile avant de prendre son envol pour rejoindre ses correctrices…

Demander des retours sur un texte dont on est l’auteur·rice, c’est accepter que le texte se mette à voler de ses propres ailes. Un·e autre que nous va poser les yeux sur lui. Le lire avec sa voix, son expérience, son vécu de lecteur·rice et d’humain·e… Ouch ! En fait, c’est accepter de perdre (un temps, du moins) le contrôle sur ce qu’on a peaufiné pendant des lustres. Et ça, ce n’est pas toujours tout simple ! Alors veillez au cadre et à la relation, grâce à des points d’attention simples. Histoire que ce pas hors de votre zone de confort vous emmène le plus loin possible dans votre texte ! Et surtout, continuez de prendre soin des textes en vous !

Et vous, à quoi faites-vous attention quand vous demandez un retour sur votre texte ? Quand vous faites des commentaires à un·e pair·e ? Discutons-en en commentaires !

  • Vous avez fait une demande de relecture et correction de votre manuscrit. Vous êtes maintenant dans la phase de réécriture… Sauf que vous ne savez pas par quel bout prendre les choses ? Comment prendre en compte les remarques qui vous ont été faites pour corriger le texte ? C’est pour cela que je propose des accompagnements créatifs. Je vous aide à la correction et à atteindre vos objectifs par rapport à votre projet d’écriture. Discutons-en !
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